TRÉSOR DE BIBLIOTHÈQUES # 11

Psautier flamand du XVIe siècle
Paris, Bibliothèque du Centre Culturel Irlandais, MS E 1
© Centre Culturel Irlandais
Fig. 1 : Verso du feuillet en face du début des psaumes,
miniature de l’arbre de Jessé (l’ascendance terrestre du Christ) ;
dans la bordure fleuronnée quatre médaillons avec les symboles de quatre évangélistes.

Note : 5 sur 5.

Texte : Hanno Wijsman, Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT-CNRS), et Carole Jacquet, Centre Culturel Irlandais (CCI)

Ce luxueux manuscrit a été écrit et peint en Flandre vers 1510. C’est ce qu’on appelle un psautier, c’est-à-dire un livre de dévotion qui contient le texte des 150 psaumes de l’ancien testament, ainsi que quelques autres textes plus courts. Dans ce volume on trouve d’abord un calendrier liturgique, puis les psaumes, une série de prières et une litanie des saints, l’office des morts et enfin des extraits des évangiles de Jean, Luc, Matthieu et Marc qui relatent la Passion du Christ.

Fig. 2 : Marge inférieure d’une des pages de psaumes,
où l’on voit des paysans faisant la fête en dansant autour d’un arbre aux sons de la cornemuse.

Le style de la décoration nous révèle que ce psautier a été fait à Bruges ou à Gand, mais sa fabrication répondait à une commande venant de l’autre côté de la mer du Nord. C’est ce que nous prouvent les textes, car le calendrier liturgique et la litanie contiennent de nombreux saintes et saints vénérés spécifiquement en Écosse, mais c’est aussi ce qu’on voit de façon encore plus précise par les armoiries qui ont été peintes en tête du manuscrit (et répétées, plus tardivement, à d’autres endroits). Ce sont les armoiries de George Crichton, qui était abbé de l’abbaye de Holyrood (à Édimbourg) de 1500 à 1526 et fut par la suite évêque de Dunkeld (un évêché écossais, un peu plus au nord) jusqu’à sa mort en 1543. George Crichton faisait partie de la plus haute aristocratie écossaise et était un proche du roi Jacques IV d’Écosse, qui régna de 1488 à 1513.

Fig. 3 : Verso d’un feuillet de garde en tête de volume où les armoiries de George Crichton
(« d’argent au lion d’azur, lampassé et armé de gueules »)
sont peintes au sein d’un cercle à la bordure fleuronnée.

Le manuscrit est décoré et illustré de belles couleurs. Le calendrier est accompagné de vingt-quatre scènes, douze travaux des mois et les douze signes du zodiaque situés dans des paysages. Deux miniatures, représentant l’arbre de Jessé (illustration de l’ascendance terrestre du Christ) et le roi David en prière (auteur présumé des psaumes), ouvrent la série de psaumes. L’office des morts ouvre sur une image d’un enterrement dans un cimetière d’église. Toutes les autres pages sont pourvues de nombreuses initiales champies (en rouge, bleu et or) et de décorations florales. Sept feuillets sont ornés de bordures en trompe-l’œil contenant fleurs, plantes, animaux et drôleries (chasseurs, danseurs, musiciens…).

Fig. 4 : Détail du mois de mai du calendrier
Le signe du zodiaque des gémeaux est illustré par des jumeaux dans un paysage,
qui semblent s’amuser à la lutte.
Les travaux des mois sont représentés par un couple amoureux à cheval.
Parmi les saints du calendrier on distingue la Saint-Augustin, le 26 mai
(en rouge, tout en haut de la page).

Fig. 5 : La miniature en tête de l’Office des morts,
où l’on voit un enterrement dans un cimetière.

Ce trésor est encore mal connu, car il est resté caché dans un coffre-fort pendant 60 ans après y avoir été mis à l’abri à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Une étude détaillée du manuscrit est en cours dans le cadre d’un partenariat entre le Centre Culturel Irlandais (CCI) et l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT-CNRS).

Fig. 6 : Page avec le début des psaumes, miniature du Roi David en prière ;
dans la marge inférieure, les armoiries de George Crichton.

Fig. 7 : Marge inférieure d’une des pages de psaumes,
où l’on voit des singes imitant des chevaliers
(chevauchant un bouc et un cerf, portant des lances)
qui avancent vers une dame à la licorne.
La licorne réfère aux rois d’Écosse de la maison Stuart,
dont c’était l’un des principaux emblèmes
(la licorne écossaise, la couronne au cou, porte toujours,
avec le léopard anglais, les armoiries du Royaume-Uni).

Ce volume précieux a été intégralement numérisé avec le soutien de la Bibliothèque nationale de France, dont le CCI est Pôle Associé. Il est accessible dans Gallica mais peut également être admiré in situ lors des Journées européennes du Patrimoine. La Bibliothèque Patrimoniale du Centre Culturel Irlandais dans laquelle il est préservé est un magnifique écrin, au cœur du Quartier Latin à Paris. Elle occupe une belle salle voutée, alliant sobriété et élégance. Elle servait autrefois de bibliothèque d’études pour les étudiants et séminaristes du Collège des Irlandais. La collection d’origine fut entièrement perdue au moment de la Révolution. Sa collection actuelle – 8000 volumes, dont près de la moitié date du XVe au XVIIIe siècle – regroupe des livres et des manuscrits issus d’établissements religieux disparus, en particulier anglophones (comme le Collège des Écossais et le Séminaire anglais de Paris). Napoléon ayant fusionné, par son décret de 1805, les collèges anglais, irlandais et écossais, le Collège des Irlandais acquit également des meubles et des tableaux provenant de ces établissements, ou encore le manuscrit enluminé qui vient de vous être présenté.

Centre Culturel Irlandais, Bibliothèque patrimoniale (c) Julien Mouffron-Gardner

Note : 5 sur 5.

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