Le château de Trévarez
Saint-Goazec, France
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🇫🇷

Domaine de Trévarez © Emmanuel Berthier, CRTB.
Textes : Noélie Blanc-Garin, chargée des expositions au domaine de Trévarez.
Contribution publiée le.
Au cœur d’un parc de 85 hectares, le château de Trévarez domine la vallée de l’Aulne depuis plus d’un siècle. Site incontournable du centre Finistère, labellisé « Patrimoine du XXe siècle », il accueille en moyenne 160 000 visiteurs par an.
L’histoire du domaine est marquée par l’empreinte d’un homme, James de Kerjégu, qui entreprend en 1893 la construction d’une résidence prestigieuse, à la pointe de la modernité, dans le contexte trépidant de la Belle Époque. Ce riche politicien (né à Trévarez en 1846 et mort peu de temps après la fin de la construction du château en 1908), partagé entre une implication locale et une vie parisienne parmi l’aristocratie et la grande bourgeoisie, décide, il y a plus d’un siècle, d’édifier un château doté des équipements les plus novateurs. Pour ce faire, il se tourne vers l’architecte Walter-André Destailleur, très en vue à l’époque, qui conçoit pour lui une demeure permettant de recevoir amis et famille, le temps de séjours organisés autour de parties de chasse et de promenades à cheval. Tout n’y est que luxe et modernité. Sous son enveloppe néogothique, le château de Trévarez cache les éléments techniques les plus novateurs de l’époque : structure métallique, électricité, chauffage central, téléphone, ascenseurs…
Réquisitionné pendant la Seconde Guerre mondiale pour devenir lieu de repos de l’armée allemande, le château est bombardé par les Alliés au moment de la Libération et finit par être délaissé, laissant la nature reprendre possession des lieux. Son rachat par le Conseil général du Finistère en 1968 permet d’ouvrir progressivement le site à la visite, à commencer par les jardins. Puis, vers le milieu des années 80, quelques salles du château deviennent accessibles. Créée il y a une dizaine d’années, l’exposition permanente « Bâtir un rêve » confirme l’intensification de la valorisation patrimoniale et historique initiée au début des années 1970. Aujourd’hui le rez-de-chaussée et une partie du premier étage du château sont accessibles, et le visiteur peut se familiariser avec l’histoire du site grâce à un parcours faisant appel à plusieurs modalités de visite : réalité augmentée, parcours d’interprétation, restitution à l’identique.
Le domaine de Trévarez est également labellisé « Jardin remarquable » pour son parc créé à la Belle Époque, dans le style composite. Ce parc de 85 hectares est reconnu pour ses collections de camélias, d’hortensias et également de rhododendrons, labellisées « Collection nationale ». En 2016, il rejoint les cinquante plus beaux jardins de camélias au monde en recevant la distinction internationale « Jardin d’excellence ». Ces trois collections majeures sont valorisées lors de rendez-vous botaniques au fil des saisons.

Domaine de Trévarez : le château et l’étang © Noélie Blanc-Garin, CDP29.

Domaine de Trévarez : des azalées devant le château © Noélie Blanc-Garin, CDP29.

Domaine de Trévarez : les écuries et des hydrangea © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
La chambre et le cabinet de toilette Art nouveau

Chambre Art nouveau © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
En 1903, James de Kerjégu passe commande d’une chambre à coucher et d’un cabinet de toilette au magasin parisien « L’Art nouveau » de Siegfried Bing, fournisseur français de ce nouveau style décoratif. Son choix semble encore aujourd’hui assez audacieux, au regard de la décoration du château qui reste fidèle à la tradition de l’éclectisme cher au XIXe siècle. Pourtant, il n’est pas si étonnant que James de Kerjégu, friand de modernité et véritable amateur d’art, ait fait ce choix. Le style de Georges de Feure, artiste recruté par la maison Bing en 1899, sans être exubérant, propose un mobilier et une décoration sobre et élégante adaptée à la fonction de l’espace qui devait plaire au commanditaire. Les boiseries et le mobilier de la chambre sont en acajou de Cuba, ce qui confère une atmosphère feutrée à la pièce, tandis que les boiseries du cabinet de toilette sont en frêne, un bois dur mais flexible couramment utilisé en ébénisterie. La teinte claire du bois s’accorde avec la couleur réséda de la tapisserie et met en valeur les motifs décoratifs en forme de tulipes. L’ensemble a été restauré en 2018 et ouvert au public en 2019. La rareté de cette commande et l’opportune redécouverte d’une partie du mobilier au début des années 2000 expliquent la restitution de cet espace exceptionnel.

Chambre Art nouveau, album de fin de chantier, vers 1910 © Domaine de Trévarez, CDP29.

Bouquet de tulipe, détail du décor de la chambre © Noélie Blanc-Garin, CDP29.

Cabinet de toilette © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
La structure métallique dévoilée dans le grand salon

Grand salon, vue sur l’écorché © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
Le matin du dimanche 30 juillet 1944, une escadrille de la Royal Air Force bombarde le château de Trévarez. La mission des quatre avions Mosquitos, partis de la base de Lasham en Angleterre, est de détruire ce lieu stratégique occupé depuis juillet 1940 par l’armée allemande. La toiture de l’aile ouest est touchée, le grand salon est détruit. Restauré partiellement au début des années 1990 par le département du Finistère, le grand salon ressemble actuellement à un « écorché d’architecture » particulièrement spectaculaire. L’armature en fer riveté, plus solide et moins coûteuse que le bois, se dévoile sur toute la hauteur du bâtiment. La technique employée est comparable à celle de la Tour Eiffel, construite quelques années plus tôt pour l’Exposition Universelle de 1889. Les boiseries et les peintures de cette pièce, inspirées des décors végétaux des salons du XVIIIe siècle, cohabitent avec une cheminée et un plafond à caissons de style néo-renaissance en staff, réalisés par Florian Kulikowski, un artiste parisien reconnu pour avoir réalisé des éléments de décoration de l’Opéra-Comique et de la gare d’Orsay à Paris. Le grand salon est ouvert au public depuis le début des années 2010. Une partie des éléments de décoration sont encore en place et ont été restaurés en 2014 et 2018.

Grand salon, album de fin de chantier, vers 1910 © Domaine de Trévarez, CDP29.

Grand salon vue sur l’écorché, rez-de-chaussée © Noélie Blanc-Garin, CDP29.

Détail d’une boiserie dans le grand salon © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
Le bassin de la Chasse

Vue du miroir d’eau, bassin de la Chasse © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
Situé dans le jardin d’inspiration italienne à l’ouest du château, le bassin de la Chasse doit son nom au grand sanglier installé dans un décor de roseaux au centre du buffet d’eau. De part et d’autre de l’animal, quatre têtes de faunes crachent de l’eau dans des fontaines soutenues par des dauphins. Ces derniers déversent l’eau dans un premier bassin, puis dans un second qui fait office de miroir d’eau. Deux énormes écrevisses en plomb complètent la décoration. Le sanglier, réalisé dans un alliage de plusieurs métaux, est l’œuvre du sculpteur Jules Visseaux (1854-1934). Il s’agit d’une réplique du célèbre sanglier de la fontaine du Mercato Vecchio à Florence, lui-même copie d’une sculpture hellénistique. Un article sur le château de Trévarez publié dans Le Figaro Modes de novembre 1903 évoque avec emphase cette sculpture : « […] on verra quelle allure a le monstre, comment il semble arraché, depuis quelques minutes, au hallier où il a sa bauge […] ». Le sculpteur-décorateur Florian Kulikowski (1849-1934) intervient également sur le buffet d’eau et le décor de la grande fontaine situé aux écuries. Des travaux de restauration importants, soutenus par la Mission Stéphane Bern, sont programmés dans les années à venir. Il est possible de faire un don sur le site de la Fondation de France.

Bassin de la Chasse, album de fin de chantier, vers 1910 © Domaine de Trévarez, CDP29.

Buffet d’eau du bassin de la Chasse © Noélie Blanc-Garin, CDP29.

Bassin de la Chasse, dauphins © Noélie Blanc-Garin, CDP29.
