Les Très Riches Heures du duc de Berry
Château de Chantilly, Chantilly
7 juin – 5 octobre 2025
chateaudechantilly.fr
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PRÉSENTATION
Les Très Riches Heures du duc de Berry
La Joconde des manuscrits
[Extraits du dossier de presse]
Véritable icône du Moyen Âge, les Très Riches Heures du duc de Berry sont le joyau des collections du musée Condé de Chantilly. Conformément aux volontés de son donateur, le duc d’Aumale, le manuscrit ne peut être exposé en dehors du musée Condé où, du fait de sa fragilité et de sa préciosité, il est habituellement conservé à l’abri des regards, en lieu sûr. Souffrant de plusieurs désordres, le manuscrit devait être restauré. Cette restauration, précédée par des mois d’analyses scientifiques et d’études préalables, permet de montrer, pour la première fois et sans doute la dernière, 26 pages en même temps : celles du mythique calendrier. L’exposition qui accompagne ce véritable événement vient replacer ce « livre-cathédrale » dans son contexte et donner à voir son incroyable influence. Commandé vers 1411 par l’immense collectionneur et bibliophile Jean, duc de Berry, à trois enlumineurs de génie, les frères de Limbourg, il reste inachevé à la mort de tous ces protagonistes, en 1416. Tout au long du siècle, d’autres enlumineurs se succèdent pour le compléter, tels Barthélémy d’Eyck vers 1446 pour la famille royale, et Jean Colombe vers 1485 pour Charles Ier de Savoie qui en hérite à son tour. À partir de son installation à Chantilly et des premières reproductions initiées par le duc d’Aumale, le livre acquiert une célébrité mondiale qui lui confère une valeur d’icône. Il façonne encore aujourd’hui une vision poétique et idéale du Moyen Âge dans l’imaginaire collectif.
En décembre 1855, un émigré politique italien, bibliothécaire au British Museum, Antonio Panizzi, signale un livre à son ami Henri d’Orléans qui vit en exil à Londres. À 33 ans, le prince Henri d’Orléans, duc d’Aumale, cinquième fils du roi Louis-Philippe, est à la tête d’une collection bibliophilique déjà réputée. Le duc d’Aumale se rend à Gênes et comprend que le manuscrit à vendre est un des livres d’heures du duc de Berry, un prince qu’il connaît bien à travers les manuscrits des Condés dont il a hérité. Aussitôt reconnu, aussitôt acheté pour 18 000 francs, le manuscrit donne à la collection du duc d’Aumale un éclat inégalé. Outre sa qualité artistique, le manuscrit est doté d’une forte charge symbolique qui permet à Henri d’Orléans de se placer dans la lignée des plus grands princes bibliophiles. Le prince entame l’étude du livre avec d’éminents savants. Il remarque que plusieurs peintres se sont succédé, reconnaît certains de leurs modèles italiens, identifie peu à peu les châteaux au fil de ses lectures. Il donne une nouvelle direction à ses acquisitions pour réunir à Chantilly les grands jalons de l’histoire de l’enluminure, parmi lesquels les Heures du duc de Berry constituent à ses yeux « l’apogée » de la peinture dans les livres. Il faut attendre le retour en France du duc d’Aumale en 1871 pour que Léopold Delisle, administrateur de la Bibliothèque nationale, son confrère à l’Institut de France, identifie le manuscrit dans l’inventaire après décès du duc de Berry établi en 1416. C’est de ce document qu’est tirée la dénomination Très Riches Heures du duc de Berry, donnée au manuscrit après la mort du duc d’Aumale.
Jean de Berry laisse le souvenir d’un grand bibliophile. Sur les quelques 300 ouvrages de sa librairie, conservés principalement dans sa résidence de Mehun-sur-Yèvre dans le Berry, 127 ont été aujourd’hui identifiés et forment les fleurons des bibliothèques du monde entier. Selon Christine de Pizan, Jean de Berry « aimait les beaux livres de sciences morales et politiques, l’histoire romaine et les lectures instructives ». À côté de somptueux livres d’heures, il possède une collection très diversifiée et savante, ouverte aux encyclopédies, au premier humanisme et aux auteurs contemporains. Il s’entoure également d’enlumineurs prestigieux. Sa librairie conjugue avec harmonie savoir et luxe. Le duc de Berry possède notamment 6 psautiers, 13 bréviaires et surtout 18 livres d’heures. Il en commande 6 en personne : ce sont des œuvres d’art où les enlumineurs les plus talentueux travaillent pendant de longues années sous la direction du prince. Ils sont tous réunis ici, pour la première fois depuis la mort du duc de Berry, en 1416 ! Les six livres personnalisés qu’il fait exécuter par les plus grands artistes de son temps forment une série exceptionnelle d’ouvrages. Ils tirent leur nom des termes employés pour les décrire dans les inventaires du XVe siècle. À travers eux, le duc manifeste son rang, met en scène sa personne et témoigne de sa profonde dévotion
Les Très Riches Heures du duc de Berry sont consultables en ligne, à l’adresse suivante :
les-tres-riches-heures.chateaudechantilly.fr

Exposition in situ Les Très Riches Heures du duc de Berry © Muriel Vatrin

Exposition in situ Les Très Riches Heures du duc de Berry © Muriel Vatrin
Au centre, le manuscrit.

Exposition in situ Les Très Riches Heures du duc de Berry © Muriel Vatrin
Au centre, le gisant du duc Jean de Berry.
UNE SÉLECTION D’ŒUVRES
présentées par le commissaire de l’exposition
Mathieu Deldicque, conservateur en chef du patrimoine,
directeur du musée Condé et du musée vivant du Cheval, Château de Chantilly,
avec la collaboration de Marie-Pierre Dion,
conservateur général des bibliothèques, musée Condé, Château de Chantilly.
Le gisant du duc de Berry

Le gisant du duc de Berry © Muriel Vatrin
Le gisant du duc Jean de Berry faisait initialement partie d’un ensemble funéraire monumental particulièrement somptueux, installé dans le chœur de la Sainte-Chapelle de Bourges. Le monument funéraire a très probablement été commandé du vivant du duc Jean, comme l’avaient fait avant lui son père Charles V et son frère le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. La date exacte de la commande n’est pas connue, mais, en 1404, le duc fait part de son intention de se faire inhumer dans la Sainte-Chapelle. On peut imaginer que la commande du tombeau ait été faite peu de temps après, auprès de Jean de Cambrai, alors imagier du duc. Entre-temps, Jean de Cambrai est mort en 1438. C’est donc auprès de ses héritiers que le roi s’acquitte de la facture du gisant, que l’on peut raisonnablement attribuer au grand sculpteur, ainsi que quelques pleurants. Le reste du tombeau, et notamment la plupart des pleurants qui peuplent le soubassement, est sculpté par une autre équipe. Après la démolition de la chapelle, le tombeau est placé dans l’église basse de la cathédrale de Bourges, où il est vandalisé et partiellement détruit en 1793. Les pleurants sont alors dispersés. Le gisant est miraculeusement épargné ainsi que sa dalle de marbre noir, sur le pourtour de laquelle court une inscription funéraire.
Le duc est présenté allongé, revêtu d’une robe et d’un manteau en marbre blanc rehaussé d’hermines en marbre noir, les bras simplement croisés sur la poitrine. Sa main droite tenait un sceptre, détruit depuis le XVIIIe siècle au moins, tandis que sa main gauche tient un phylactère. Sa tête, ceinte d’une couronne ducale très travaillée, repose sur un coussin, et ses pieds sont appuyés sur un ours endormi. L’usage consistant à placer un animal symbolique et psychopompe aux pieds du défunt est classique depuis le XIIIe siècle. L’originalité réside ici dans l’emploi d’un ours, qui relève tout à la fois de l’emblématique du duc et d’une référence au saint patron du Berry, Ursin.
Le tombeau du duc de Berry a connu le même destin que les Très Riches Heures : projet d’une ambition et d’une originalité incomparables, il demeura inachevé à la mort de son commanditaire, en 1416. Il fut amorcé par un artiste d’exception, venu du nord comme les frères de Limbourg et qui bénéficiait, comme eux, d’une place particulière dans l’entourage ducal.
Vierge à l’Enfant aux papillons

Vierge à l’enfant aux papillons, Jean Malouel, vers 1410-1415
© BKP Berlin Distribution Grand Palais Rmn – Jörg P. Anders
« Item, en une layette plusieurs cayers d’unes très riches heures que faisoient Pol & ses frères, très richement historiez & enluminez. – 500 livres. » C’est cette mention des Très Riches Heures dans l’inventaire après décès de Jean de Berry en 1416 qui a permis de les attribuer à trois frères enlumineurs, Herman, Paul et Jean de Limbourg. Originaires de Nimègue, capitale du duché de Gueldre (actuels Pays-Bas), ils arrivent en France dans le sillage de leur oncle Jean Malouel, travaillant lui-même pour la reine de France avant de devenir peintre du duc de Bourgogne. Deux d’entre eux suivent également une formation d’orfèvre à Paris. Pris en otage à Bruxelles lors d’un voyage vers Nimègue, libérés grâce au duc de Bourgogne, ils passent à son service. La mort de leur mécène en 1404 les pousse dans les filets de son frère, Jean de Berry. Bénéficiant d’une place à part dans l’entourage du prince (Paul est peintre du duc), ils créent parmi les œuvres enluminées les plus révolutionnaires de la fin du Moyen Âge.
Ce tableau est l’un des rares à pouvoir être attribué à Jean Malouel. Les drapés en cascade du manteau de la Vierge, plastiques et sculpturaux, se retrouvent d’ailleurs chez les Limbourg. Les papillons peuvent figurer l’âme et renvoyer à la Résurrection, à des éléments héraldiques ou encore à des fleurs qui volent. Le chef-d’œuvre des frères de Limbourg, les Très Riches Heures du duc de Berry, reflète une multitude d’inspirations, antiques et modernes, septentrionales, orientales, italiennes, qui se combinent à la grande tradition de l’enluminure précieuse du XIVe siècle. Les frères de Limbourg s’y montrent attentifs à la leçon livrée par certains tableaux italiens présents dans les collections des princes français ou de la cour d’Avignon, notamment ceux du Siennois Simone Martini et de son entourage, ou de quelques fresques florentines. Voyageant facilement, dessins et manuscrits permettent aux Limbourg d’avoir accès aux nouveautés italiennes. Ils inspirent à leur tour les artistes de la péninsule.
Les Très Riches Heures du duc de Berry
(le mois de septembre)

Septembre
Extrait du Calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry
Paris et Bourges, 1411-1485
© RMN-Grand Palais / Domaine de Chantilly / Michel Urtado
On perd la trace des Très Riches Heures après la mort du duc de Berry et des frères de Limbourg en 1416. Laissées inachevées, elles restent sans doute à Paris, peut-être chez un marchand chargé de liquider les dettes du prince. Leur éclipse prend fin avec la reprise de Paris par Charles VII en avril 1436. Jean Haincelin (le Maître de Dunois), fils de Haincelin de Haguenau (le Maître de Bedford), en a connaissance puisqu’il multiplie les citations des Très Riches Heures dans ses propres œuvres. Le manuscrit entre-t-il alors dans les collections de Charles VII ? On sait qu’en 1446, Barthélemy d’Eyck, peintre du roi René, apportant avec lui les nouveautés picturales flamandes, y intervient. Sous le château de Saumur, au mois de Septembre du calendrier [voir ci-dessus], l’enlumineur ajoute le souvenir des lices du Pas d’armes de Saumur, un grand tournoi de quarante jours organisé en juin 1446 par le roi René en l’honneur de Charles VII. Cette seconde campagne de décor de 1446 est alors très rapide.
À la fin du XVe siècle, les Très Riches Heures rejoignent la librairie des ducs de Savoie. L’enlumineur de Bourges Jean Colombe est payé en 1485 par Charles Ier de Savoie pour l’achèvement du décor du manuscrit. Colombe est protégé par la reine Charlotte de Savoie, épouse de Louis XI et tante de Charles Ier de Savoie. Il n’est pas certain que les Très Riches Heures lui aient été transmises par la reine et d’autres voies sont possibles (la mère de Charles Ier de Savoie, Yolande de France, est par exemple la fille de Charles VII). Marqué par les miniatures des frères de Limbourg et de Barthélemy d’Eyck, Jean Colombe va rapporter avec lui à Bourges des carnets de modèles qui vont durablement transformer le visage de l’enluminure du Berry et en faire la principale caisse de résonance de ce chef-d’œuvre.
Les Très Riches Heures demeurent dans les collections des ducs de Savoie jusqu’à Philibert II, époux de Marguerite d’Autriche. Après la mort de son époux en 1504, cette tante de Charles Quint est contrainte de quitter la Savoie en 1506 pour assurer la régence des Pays-Bas. Elle emporte avec elle à Malines les Très Riches Heures, où elles sont enfin reliées ! Elles inspirent les artistes de sa cour, avec Simon Bening au premier chef. À la mort de Marguerite d’Autriche, en 1530, le manuscrit échoit à son trésorier général des Finances. Il gagne par la suite Gênes, probablement dans les bagages d’Ambrogio Spinola, commandant en chef des forces espagnoles, et demeure à Gênes jusqu’en 1856, date de son acquisition par Henri d’Orléans, duc d’Aumale, le fondateur du musée Condé.
INFORMATIONS PRATIQUES
Quoi ?
Les Très Riches Heures du duc de Berry. La Joconde des manuscrits.
L’exposition est organisée par le musée Condé du château de Chantilly. Elle bénéficie du partenariat exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France et du musée du Berry à Bourges. Elle a reçu le label « Exposition d’intérêt national » de la part du ministère de la Culture.
Commissariat : Mathieu Deldicque, conservateur en chef du patrimoine, directeur du musée Condé et du musée vivant du Cheval, Château de Chantilly, avec la collaboration de Marie-Pierre Dion, conservateur général des bibliothèques, musée Condé, Château de Chantilly.
Où ?
Château de Chantilly (Musée Condé / Salle du Jeu de Paume)
Rue du Connétable
60500 Chantilly
chateaudechantilly.fr
Quand ?
Du 7 juin au 5 octobre 2025
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h00 à 18h00.
Combien ?
Billet exposition + parc / Tarif plein : 12 euros / Tarif réduit : 10 euros.
Billet exposition + parc + château + Grandes écuries + expositions temporaires et animations équestres / Tarif plein : 21 euros / Tarif réduit : 17,50 euros.
Comment ?
L’équipe du musée Condé propose des visites guidées de l’exposition (voir ici), ainsi que des ateliers « enluminure » pour les enfants de 6 à 11 ans (voir ici).
Le catalogue de l’exposition est coédité par le château de Chantilly et In Fine éditions d’art (496 pages, 460 illustrations, 59 euros)
