EXPOSITION # 21

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Après une exposition itinérante accueillie par six musées japonais, les peintres Henri Martin et Henri Le Sidaner sont réunis au Palais Lumière, à Évian, pour la première fois en Europe depuis leurs disparitions. Tout au long de leurs carrières prospères, Henri Martin (1860-1943) et Henri Le Sidaner (1862-1939) ont été considérés comme deux talents fraternels. S’ils appartenaient pleinement à la génération symboliste éprise de musique et de poésie, ils avaient l’amour de la nature chevillé au corps. En respectant la réalité, ils s’attachèrent à exprimer la poésie, la tendresse de leurs sujets. C’est ainsi qu’ils créèrent une véritable connivence avec le spectateur et qu’ils furent qualifiés d’intimistes.

« Henri Martin et Henri Le Sidaner ont rajeuni la tradition des maîtres. En offrant un écho poétique aux voix du passé, ils ont mené les valeurs de l’art français sur de nouveaux chemins. Au lendemain de la guerre, en dépit des avant-gardes triomphantes, les collectionneurs ne les oublièrent pas. Puis vint le temps des records dans les ventes publiques. Les musées européens leur consacrèrent des expositions et se félicitèrent du succès qu’elles rencontrèrent à nouveau auprès du public », explique Yann Farinaux-Le Sidaner.

L’exposition Henri Martin – Henri Le Sidaner, deux talents fraternels rassemble quelque 100 peintures, 20 œuvres sur papier et deux bronzes provenant d’une vingtaine de collections privées et d’une quinzaine de structures publiques en France et à l’étranger. Parmi les musées prêteurs français on retrouve à Paris : le musée Marmottan-Monet, le musée d’Orsay, le Petit Palais et le Fonds d’art contemporain – Paris Collections. Et ailleurs en France : le musée de Grenoble, le musée Henri Martin à Cahors, le musée des Augustins à Toulouse, le musée des Beaux-Arts de Reims, le musée de la Cour d’Or à Metz, le musée des Beaux-Arts de Dunkerque, le musée de la Chartreuse à Douai, le musée Baron Martin à Gray et le musée des Années Trente à Boulogne- Billancourt. Le public peut apprécier tout à la fois les clartés ensoleillées d’Henri Martin, sa riche production symboliste, les études pour ses grands décors, Labastide-du-Vert, Collioure, et les effets apaisés d’Henri Le Sidaner, sa retraite d’Étaples, ses voyages d’études et les tables de Gerberoy que les convives viennent à peine de quitter…

De leur vivant, Henri Martin et Henri Le Sidaner ont eu le privilège d’être soutenus par le public, la critique, les galeristes et l’administration. Les deux camarades n’ont cessé d’exposer ensemble même si Martin est toujours resté fidèle au Salon des artistes français, alors que Le Sidaner a rejoint le Salon de la Société nationale des Beaux-Arts, véritable fief du courant Intimiste. En 1900, ils participent à la création de la Société nouvelle de peintres et de sculpteurs qui ne tarde pas à devenir la fraternité d’artistes la plus célèbre et la plus représentative de la Belle Époque. Pendant près d’un demi-siècle, les deux peintres sont invités à toutes les expositions d’art internationales. Devenus de véritables étendards de l’art français, ils sont parmi les artistes de leur génération les plus loués dans leur pays comme à l’étranger, particulièrement aux États-Unis.

Une fois la saison des vernissages terminée et dès les premiers beaux jours, Henri Martin et Henri Le Sidaner repartaient vers leurs lieux de retraite. Henri Martin retrouvait Marquayrol, sa maison accrochée à flanc de coteau, surplombant le petit village de Labastide-du-Vert à quelques kilomètres de Cahors. Il y peignait de l’aube au crépuscule. Henri Le Sidaner, quant à lui, retournait à Gerberoy, bourg d’une centaine d’habitants et ancienne place forte située à la limite de la Picardie et de la Normandie. Là-bas, il a créé un ensemble unique peuplé de bosquets monochromes, un jardin blanc, une roseraie, un jardin jaune et bleu… C’est grâce à lui si Gerberoy est aujourd’hui connu comme « le village des roses ».

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

présentée par Yann Farinaux-Le Sidaner

Note : 5 sur 5.

Henri Martin, La Moisson, 1918

Henri Martin. La Moisson, 1918. Esquisse pour le décor du Conseil d’État.
Collection particulière. © Ph. Archives photographiques Maket Expert


L’hiver venu, Henri Martin travaillait, entouré de ses études relevées pendant la belle saison, pour réaliser ses grands décors dans son atelier parisien de l’Ile aux Cygnes, voisin de celui de Rodin, que l’administration lui avait attribué. Son emploi du temps consistait à besogner du matin au soir, ne s’arrêtant qu’un instant pour manger une tartine et un fruit, pour accueillir ses amis Le Sidaner et Ernest Laurent ou quelque officiel venu l’interroger sur l’avancée de ses travaux : « C’est à la fin d’une de ses journées de travail très remplies, témoignera Le Sidaner, que j’aime à rencontrer Henri Martin heureux après l’effort quotidien. En l’esprit détendu naît la douceur d’une amitié que cache sa sensibilité sous des dehors plus rudes. »

Note : 5 sur 5.

Henri Le Sidaner, La Treille, Lac Majeur, 1909

Henri Le Sidaner. La Treille, Lac Majeur, 1909.
Musée de la Cour d’Or, Metz Métropole. © Ph. Musée de la Cour d’Or, Metz


Le contact des villes flamandes du passé imprima un virage décisif à l’œuvre de Le Sidaner. Le marchand Georges Petit, à la tête de la plus luxueuse des galeries parisiennes, ne s’y trompa pas en signant un contrat d’exclusivité avec un artiste dont les succès, jusque-là, avaient été modestes. À Bruges, ce dernier avait entrevu la possibilité de rendre la poésie et la noblesse des cités endormies. En quelques saisons, il en devint pour tous le contemplateur. Chaque automne, sa petite famille retrouvait une vie de nomades qui les entrainait vers quelques hauts-lieux de la Belle Époque : Chartres, Venise, Hampton Court, puis le Lac Majeur avant Villefranche-sur- Mer et la Bretagne, autant de sites riches d’histoire au contact desquels le peintre resta étonnamment lui-même.

Note : 5 sur 5.

Henri Martin, Le Bassin, vers 1908.

Henri Martin. Le Bassin, vers 1908.
Collection Pierre Bastid, Paris. © Ph. Archives photographiques Maket Expert


Les tableaux de Labastide-du-Vert, où Henri Martin s’installa en 1900, sont variés mais la principale source d’inspiration de l’artiste restera le jardin de Marquayrol, perché sur les hauts du village, qu’il composera lui-même : devant la maison, en plein soleil, un grand bassin semi-circulaire, deux autres plus intimes, puis des pergolas, une treille… Cette maison familiale allait être son point d’attache : « Quel vilain printemps, écrivait-il à Le Sidaner, et combien c’est regrettable, et que de merveilles sous les yeux. Quand tu te décideras à venir dans le midi, je t’engagerai à choisir cette saison, les vieilles pierres ont toute leur importance et la pauvreté de la terre toute sa mélancolie. C’est bien autre chose que ton beau coin de l’Oise mais c’est aussi beau. »

Note : 5 sur 5.


Henri Le Sidaner, La Table bleue, Gerberoy, 1923.

Henri Le Sidaner. La Table bleue, Gerberoy, 1923.
Musée Singer Laren. © Ph. Singer Laren

Dans la petite cour gerboréenne, où à la belle saison on prenait les repas, le spectacle des tables que les convives viennent à peine de quitter inspira à Le Sidaner un des aspects les plus éclatants de son talent. Ce dernier prit un soin jaloux à briqueter, décorer et fleurir cette cour qui, dans son œuvre, compta autant que son jardin. Le confinement versaillais des années de guerre lui ayant permis de refaire ses gammes, l’artiste revint à Gerberoy en 1917 pour composer une suite des plus diverses et d’une fraîcheur inattendue, qui fit de lui le grand gagnant de la réouverture des Salons. Son regard avait évolué, mais la douceur qui faisait l’originalité de ses toiles était intacte. Ces dernières restent parmi les pièces les plus convoitées des amateurs.

Note : 5 sur 5.

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