EXPOSITION # 77

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris

Depuis sa redécouverte dans les années 1980, Camille Claudel a inspiré de grandes expositions monographiques. Sa renommée est aujourd’hui telle qu’elle pourrait laisser croire, à tort, qu’elle était le seul sculpteur femme de son époque. Pourtant, autour de 1900, bien d’autres ont suivi le même chemin qu’elle et, malgré les obstacles liés à leur condition de femme, se sont illustrées dans le domaine de la sculpture.
Dans le cadre de l’exposition Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris, ces sculptrices de premier plan sortent de l’ombre ! Une exposition coproduite par le musée Camille Claudel, le musée des Beaux-Arts de Tours et le musée de Pont-Aven réunit les créations d’une vingtaine d’entre elles : Charlotte Besnard, Marie Cazin, Madeleine Jouvray, mais aussi Jessie Lipscomb, Agnès de Frumerie ou encore Anna Bass, Jane Poupelet et bien d’autres. Françaises ou étrangères, souvent filles ou épouses d’artistes, elles ont été les camarades d’atelier, les amies, ou parfois les rivales de Camille Claudel. Certaines l’ont précédée, d’autres lui ont succédé.
Grâce à des prêts nationaux et internationaux, près de 90 objets – sculptures, mais aussi portraits peints, dessinés ou photographiés des sculptrices, ainsi que photographies et correspondances – redonnent vie à l’entourage artistique féminin de Camille Claudel, depuis ses débuts dans le Paris cosmopolite des années 1880 jusqu’à son internement en mars 1913.
À quelles formations artistiques les femmes avaient-elles accès en ce tournant du XXe siècle ? Quelles stratégies les sculptrices ont-elles déployées pour se faire une place dans ce milieu dominé par les hommes ? Quelles relations Camille Claudel a-t-elle entretenues avec ses contemporaines ? Et quels rôles occupaient ces artistes au sein de l’atelier d’Auguste Rodin ? Autant de questions éclairées par l’exposition.

Après avoir été présentée au musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine du 13 septembre 2025 au 4 janvier 2026, l’exposition le sera au musée de Pont-Aven du 27 juin au 8 novembre 2026.

Vue de l’exposition © Tours, musée des Beaux-Arts

Vernissage de l’exposition Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris,
le jeudi 29 janvier 2026 au Musée des Beaux-Arts de Tours
© Ville de Tours – F. Lafite

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

présentées par la commissaire scientfique de l’exposition,
Anne Rivière, historienne de l’art spécialiste de Camille Claudel.

Note : 5 sur 5.

Camille Claudel

Camille Claudel (1864-1943), L’Abandon, 1905
Bronze, 63 x 56,5 x 25,5 cm
D’après le modèle présenté au Salon de 1888 (Paris, Centre national des arts plastiques)
Musée Camille Claudel © Musée Camille Claudel, photo Marco Illuminati

Conçue dès 1886, l’œuvre d’abord intitulée Sakuntala représente un couple enlacé dans une attitude de retrouvailles. Inspirée d’un mythe indien — celui de Sakuntala, aimée puis oubliée par le roi Douchmanta —, Camille Claudel transpose cette histoire dans une scène universelle d’amour retrouvé. L’œuvre connaît plusieurs titres : Sakuntala, Vertumnus et Pomone, L’Abandon, La Consolation — autant de variations d’un même thème intime. Dans L’Abandon, version tardive fondue en bronze, la référence mythologique s’efface au profit d’une lecture plus sensible. Le couple représenté pourrait être inspiré de la relation tumultueuse entre Camille Claudel et Auguste Rodin, dont les échos traversent plusieurs de ses compositions. L’Abandon partage en effet une parenté formelle avec Le Baiser de Rodin, mais y oppose une tonalité plus introspective, plus fragile. Là où Rodin célèbre l’élan érotique, Claudel dévoile les ambivalences de la fusion amoureuse : l’offrande de soi, mais aussi le risque de se perdre dans l’autre.

Note : 5 sur 5.

Marie Cazin

Marie Cazin, Jeunes filles ou Jeunesse, 1886
Plâtre, 72 x 60 x 37,9 cm
Tours, musée des Beaux-Arts © Ville de Tours

La vie et la carrière de Marie Cazin sont assez mal connues et les informations sur l’artiste se glanent au détour des articles consacrés à son mari, Jean-Charles Cazin, considéré comme le « maître » de leur famille d’artistes. Au début des années 1870, le couple et leur fils Michel s’installent à Londres où Marie Cazin aurait peut-être reçu les leçons de sculpture de Jules Dalou. De retour en France, elle expose au Salon des artistes français où ses envois sont appréciés par la critique. En 1886, son double buste en plâtre Jeunes filles est récompensé d’une médaille d’honneur. La sculptrice y représente deux femmes coiffées d’un chignon et vêtues d’amples robes qui laissent leurs bras dénudés. Celle de droite, légèrement en retrait, tient sa compagne par le bras et pose délicatement sa tête sur son épaule, dans une attitude empreinte de tendresse. Selon l’historienne de l’art Anne Rivière, il pourrait s’agir d’un portrait de sa sœur et de l’artiste elle-même, toutes deux en blouse de travail.

Note : 5 sur 5.

Madeleine Jouvray

Madeleine Jouvray, Danaïde, premier tiers du 20e siècle
Marbre, 19 x 33,2 x 21 cm
Collection particulière © Musée Camille Claudel, photo Philippe Migeat

Vers 1883, Madeleine Jouvray devient élève et praticienne dans l’atelier d’Auguste Rodin. Plusieurs de ses sculptures font directement référence, soit par leurs thèmes, soit par leurs choix formels, aux œuvres de son maître. Vingt-cinq ans après lui, elle exécute à son tour une Danaïde. Leurs traitements plastiques diffèrent cependant. Repliée sur elle-même dans une posture fœtale, celle de Jouvray semble encore enchâssée dans la matière. Le corps, à peine dégagé du marbre, paraît lutter pour exister, comme suspendu entre apparition et disparition. Cette forme presque close sur elle-même confère à l’œuvre une tension intérieure qui rompt avec la tradition académique et donne à voir une figure mythologique figée dans une impossible délivrance. Pour sa Danaïde, Rodin avait privilégié au contraire la sensualité fluide, portée par un modelé souple et une ligne continue qui guide le regard de la chevelure défaite aux courbes du corps alangui.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
Au temps de Camille Claudel : être sculptrice à Paris.
Cette exposition est organisée par le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine, le musée des Beaux-Arts de Tours et le musée de Pont-Aven. Elle est labellisée « Exposition d’intérêt national » par le ministère de la Culture.
Commissaire scientifique : Anne Rivière, historienne de l’art.

Comment ?
Dans le cadre de l’exposition, l’équipe du musée propose des visites commentées, des cours d’histoire de l’art, un cycle de conférences et une journée d’études, ainsi que d’autres activités. Le détail de la programmation culturelle est consultable dans l’agenda du musée.
Le catalogue de l’exposition est publié aux éditions in Fine (272 pages, 250 illustrations, 29 euros).