Trésors et secrets d’écriture
Cité internationale de la langue française
5 novembre 2025 – 1er mars 2026
www.cite-langue-francaise.fr
🇫🇷

PRÉSENTATION
Trésors et secrets d’écriture
Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France du Moyen Âge à nos jours
[Extrait du dossier de presse]
Parchemin ou papier, graphies élégantes ou convulsives, mises en page, illustrations, ratures, transformations, annotations… Dans l’univers de l’écrit, la singularité du manuscrit réside dans le choix du support, la graphie ou tout ce qui peut entourer le texte. Tout manuscrit est donc un témoignage vivant et unique de la langue telle que les individus se la sont appropriée au fil des siècles. Cette exposition invite à découvrir l’histoire du français et de ses métamorphoses parmi plus d’une centaine de documents uniques, aussi divers que précieux, et dont le point commun est d’avoir été tracés par une main humaine. Pour rendre compte de dix siècles d’histoire du français, l’exposition propose un voyage en cinq étapes, fondé sur le contenu des manuscrits conservés et sur leurs usages.
1. Penser en français. Une première partie retrace, à travers des manuscrits savants, la manière dont le français s’est progressivement affirmé et développé comme une langue écrite capable de dire et de penser le monde. Le manuscrit devient le support de l’expression de la pensée, s’inscrivant dans une tradition de traduction et de transmission du savoir. Nous retrouvons notamment dans cette section, les manuscrits scientifiques de deux grandes femmes de lettres françaises : Émilie du Châtelet et Sophie Germain.
2. La littérature avant l’imprimerie. Intégralement consacrée aux manuscrits médiévaux, cette section présente une vingtaine de documents littéraires allant du XIIe au XVe siècle. Du Roman d’Alexandre au Chansonnier cordiforme de Montchenu, le manuscrit avant l’invention de l’imprimerie est un véritable objet fini et esthétique.
3. Le brouillon littéraire. Avec l’époque moderne commencent à apparaître des témoignages de la littérature en train de s’écrire, à travers des manuscrits autographes. Ce sont eux que l’on découvre dans le troisième temps de l’exposition, avec des textes des plus grands auteurs des XIXe, XXe et XXIe siècles. Cette section traverse l’âge d’or du roman, avec George Sand et Victor Hugo, jusqu’aux grands romans du XXe siècle avec Marcel Proust en tête de file. Le manuscrit de Mort à crédit, le second roman de Louis-Ferdinand Céline, est présenté ici pour la première fois au public.
4. Écrire pour soi, écrire sur soi : les manuscrits intimes. À partir du XVe siècle, des individus, célèbres ou inconnus, ont consignés dans des registres et des carnets leurs souvenirs, l’histoire de leur famille ou de leur époque, puis exprimé leur personnalité.
5. La correspondance. Ce genre codifié au Moyen Âge se démocratise ensuite jusqu’à devenir un moyen universel d’échange d’informations, d’idées et de sentiments, mais aussi une forme d’expression et de créativité en soi.

Vue de l’exposition © Centre des monuments nationaux

Vue de l’exposition © Centre des monuments nationaux
UNE SÉLECTION D’ŒUVRES
présentées par les commissaires de l’exposition
Graziella Pastore, Conservatrice, service des manuscrits médiévaux,
Département des Manuscrits de la BnF,
et Thomas Cazentre, Conservateur, service des manuscrits modernes et contemporains,
Département des Manuscrits de la BnF
Miracles de Nostre Dame

Gautier de Coinci (1177 ou 1178-1236), Miracles de Nostre Dame, Paris, 1328-1332.
BnF, Manuscrits, NAF 24541
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Parmi les manuscrits enluminés, le célèbre « manuscrit de Soissons » des Miracles de Nostre Dame retient tout particulièrement l’attention. Chef-d’œuvre de poésie et de chant composé à partir de 1223 par Gautier de Coinci, prieur de Vic-sur-Aisne puis de Saint-Médard de Soissons, l’ouvrage rassemble plus de 35 000 octosyllabes rimés dédiés à la Vierge. Élève de maître Pérotin, figure essentielle dans l’évolution de la musique polyphonique occidentale, Gautier puise dans le répertoire du chant courtois de son temps pour élaborer des variations raffinées sur ses mélodies et ses structures harmoniques, avec un goût marqué pour l’innovation formelle et le jeu lexical.
Le manuscrit présenté dans l’exposition, réalisé à Paris entre 1328 et 1332, probablement pour Jeanne de Bourgogne (reine de France de 1328 à 1342), est renommé tant pour sa provenance que pour la richesse exceptionnelle de sa décoration. Lors de la bataille de Poitiers en 1356, au cours de la guerre de Cent Ans, Jean II l’avait emporté avec lui, espérant peut-être obtenir un secours miraculeux. Tombé aux mains des Anglais, il fut ultérieurement racheté par Charles V, qui l’offrit à son frère, le duc Jean de Berry. Vendu après la mort de ce dernier, le volume disparaît des sources avant de réapparaître en 1675 entre les mains de l’abbesse de Notre-Dame de Soissons ; il passe ensuite au séminaire de Soissons, puis est finalement acquis par la Bibliothèque nationale en 1940.
Le manuscrit se distingue par un ample cycle iconographique illustrant soixante-six miracles de la Vierge. Ces enluminures, d’une exécution particulièrement soignée, sont attribuées à Jean Pucelle, enlumineur et libraire parisien, à qui l’on doit notamment la décoration du Bréviaire de Belleville et celle du Livre d’Heures de Jeanne d’Évreux.
Le Secrétaire des Astres

Thibaut Desmarchais (1674 ?-17..), Le Secrétaire des Astres, XVIIIe siècle
BnF, Manuscrits, NAF 125
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Au XVIIIe siècle, une grande partie de la production scientifique et intellectuelle passe encore par le manuscrit, plus économique à produire et susceptible de circuler avec plus de liberté que les imprimés, soumis au contrôle des autorités. C’est aussi le siècle de l’Encyclopédie, celui où tout « honnête homme » (ou femme) peut s’initier aux savoirs les plus divers, alors que ceux-ci se libèrent progressivement des dogmes et des croyances, et avant que leurs progrès ne les rendent inaccessibles aux simples amateurs. Un manuscrit comme celui-ci, rédigé, mis en page et illustré avec soin par un quidam, témoigne de ce rapport heureux, généreux et presque poétique à la connaissance scientifique.
C’est sans doute grâce à sa carrière de capitaine de vaisseau que Thibaut Desmarchais a dû se familiariser avec l’astronomie. Ce manuscrit, qui n’avait jamais été présenté au public, est à la fois un exposé méthodique des connaissances de son temps sur la sphère céleste, les mouvements des astres et leur influence, et un véritable objet d’art, qui aurait été aussi complexe que coûteux à réaliser sous forme imprimée ; il se signale par la richesse de son décor peint et surtout ses figures mobiles qui, par un système d’attaches et de ficelles, permettent de déterminer, selon la date, la position des astres, les quartiers de lune, les heures des marées, etc.
L’Éducation sentimentale

Gustave Flaubert (1821-1880), L’Éducation sentimentale, troisième partie, chapitre I, 1864-1869
BnF, Manuscrits, NAF 17607
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Les quelque 5 000 pages de brouillons de L’Éducation sentimentale témoignent de manière paroxystique, voire un peu effrayante, de l’acharnement de Flaubert dans la recherche de la perfection stylistique. Une première version, couchée sur la page en lignes légèrement penchées, est travaillée jusqu’à ce que l’accumulation des ratures et des réécritures entre les lignes ou dans les marges aient abouti à un chaos indémêlable. Flaubert la recopie alors au propre sur un nouveau feuillet, barre d’une grande croix de saint André la version périmée, et le travail reprend. On compte jusqu’à quinze versions successives d’une même page. Le fait même que Flaubert ait conservé tous ses brouillons ne peut être compris que comme un témoignage de son martyre volontaire. Si seuls quelques chercheurs ont eu le courage de s’aventurer dans cette jungle d’encre et de papier pour en tenter le défrichement / déchiffrement, ces pages offrent, pour le commun des mortels, un spectacle d’une indéniable puissance graphique, par la saturation de l’espace, la confusion des lettres et des signes, la fureur du trait, l’énergie brute du geste.
INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS
Quoi ?
Trésors et secrets d’écriture. Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France du Moyen Âge à nos jours.
Cette exposition est organisée par le Centre des monuments nationaux, en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.
Commissaires : Graziella Pastore, Conservatrice, service des manuscrits médiévaux, Département des Manuscrits de la BnF, et Thomas Cazentre, Conservateur, service des manuscrits modernes et contemporains, Département des Manuscrits de la BnF
Où ?
Cité internationale de la langue française
Château de Villers-Cotterêts
1, place Aristide Briand
02600 Villers-Cotterêts
www.cite-langue-francaise.fr
Quand ?
Du 5 novembre 2025 au 1er mars 2026
Du mardi au dimanche, de 10h00 à 18h30.
Dernier accès une heure avant la fermeture de la billetterie.
L’ensemble des informations concernant l’ouverture de la Cité est disponible sur son site internet.
Combien ?
Tarif : 5 euros.
Le billet donne accès uniquement à l’exposition. Le billet couplé avec le parcours permanent est au prix de 12 euros.
Informations sur les tarifs et billetterie en ligne sur le site internet de la Cité.
Comment ?
L’exposition est accompagnée par une riche programmation d’activités culturelles : visites guidées, visites-ateliers d’enluminure, colloque (28 novembre), conférences-lecture. Le détail est disponible dans l’agenda de la Cité.
Le catalogue de l’exposition est publié aux éditions du Patrimoine (264 pages, 150 illustrations, 39 euros).
