Saint Sébastien, par Louis Finson
Musée des beaux-arts
Marseille, France
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🇫🇷

Louis Finson, Saint Sébastien avant restauration, signé et daté de 1612.
Huile sur toile, 147,5 x 114,5 cm © Ville de Marseille
Texte : l’équipe du musée des beaux-arts de Marseille.
N.B. : cette publication est proposée à l’occasion de la donation de ce tableau aux Musées de la Ville de Marseille et de son entrée dans les collections du musée des beaux-arts.
Né à Bruges, Louis Finson (v. 1575 – 1617) est une figure clé du caravagisme à l’échelle internationale. Installé à Rome vers 1600, il s’établit ensuite à Naples, où sa présence est attestée dès 1605. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Caravage, alors au sommet de sa gloire artistique, et qu’il l’accueille dans son atelier en 1606. De cette rencontre naît une collaboration artistique étroite, qui influence profondément le travail de Finson. Ce dernier assimile les innovations picturales de Caravage dans sa propre production et réalise également des copies de ses œuvres à des fins commerciales. Certaines portent sa signature, comme la Madeleine en extase (1612), qui fait partie des collections des Musées de Marseille. En tant que marchand d’art, Finson possède également plusieurs œuvres de Caravage, parmi lesquelles La Vierge du Rosaire (1605-1607), aujourd’hui au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Cette œuvre, qu’il partage un temps avec Abraham Vinck, était destinée à la vente. En février 1613, Finson quitte Naples et s’installe à Marseille, sans doute dans l’espoir de poursuivre sa carrière en France, en Espagne ou en Europe du Nord. Dans les années suivantes, il travaille à Marseille et intervient également à Aix-en-Provence, Arles, Toulouse et Paris, diffusant l’influence du caravagisme d’abord en Provence, puis dans toute la France. À son arrivée en France, il détient encore plusieurs œuvres originales de Caravage, dont La Vierge du Rosaire, une Judith et Holopherne aujourd’hui non identifiée, et peut-être la Crucifixion de saint André (1607, The Cleveland Museum of Art). Il apporte également plusieurs tableaux de sa propre main, réalisés à Naples, dont la Madeleine en extase et, très probablement, le Saint Sébastien qui intègre aujourd’hui les collections du musée.
Signé et daté de sa période napolitaine — « Aloysius Finsonius Belga Brugensis fecit 1612 » — ce tableau témoigne de l’activité italienne de Louis Finson. Contemporain de la Madeleine en extase, le Saint Sébastien explore les mêmes recherches autour du clair-obscur, de l’expression des passions et de la représentation du corps sacré et souffrant. La composition de la tête renversée, présente dans les deux œuvres, illustre l’influence directe de Caravage. Le tableau marque ainsi un moment clé dans l’histoire de l’art, non seulement pour Marseille et la Provence, mais aussi pour le développement du caravagisme en Europe. Resté en collection privée en Provence depuis le XVIIe siècle, le Saint Sébastien est réapparu récemment. Vendu aux enchères en 2025, il a ensuite été acquis par la fondation JG dans le but de l’offrir à la Ville de Marseille. Cette acquisition vient compléter les fonds méditerranéens du musée pour la période caravagesque, reliant l’Italie et la Provence. Elle enrichit l’étude de l’histoire de l’art à Marseille et ses connexions européennes, encore largement méconnues, que le musée s’attache à explorer à travers ses acquisitions et expositions récentes. Parmi ces projets figure notamment l’achat de l’Allégorie du printemps du peintre Jean Daret, réalisée vers 1641 et acquise en vente publique par la Ville de Marseille en 2025.
Cette entrée remarquable constitue la plus importante donation aux Musées de la Ville de Marseille depuis les grands legs de Jules Cantini et de Marie Grobet, au début du XXe siècle. L’œuvre a été présentée au public au Musée des Beaux-Arts de Marseille du 3 au 5 octobre 2025, avant d’être confiée au Centre Interdisciplinaire de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CICRP) pour une campagne de restauration. Elle réintégrera définitivement les collections du musée à l’automne 2026.
