RÉSIDENCE # 05/02

🇫🇷

Cornelis De Wael (1592-1667) ou Jan Hovart (1615-1665),
Portrait du doge Luca Giustiniani, entre 1644 et 1646
Huile sur toile
Musée de Bastia, MEC.2016.1.1
© Cliché Musée de Bastia

Note : 5 sur 5.

Texte : Sylvain Gregori, conservateur du Musée de Bastia

L’esquisse (bozzetto) sur papier de cette œuvre a été présentée lors de l’exposition El Siglo de los Genoveses, qui s’est tenue au Palazzo Ducale de Gênes en 1999. À cette époque, l’existence de ce tableau était encore inconnue, le bozzetto a alors été attribué au peintre flamand Cornelis de Wael, puis en 2018, à l’un de ses disciples, Jan Hovart. Le premier peintre séjourne d’abord à Venise de 1610 à 1620, avant de s’installer à Gênes jusqu’en 1657. Cornelis de Wael tient l’atelier le plus important de la ville, répondant à de nombreuses commandes des élites locales. Le second s’installe à Gênes au milieu des années 1630 et fera tout sa carrière dans la Sérénissime République.
Les représentations en tenue d’apparat de doge sont des commandes systématiques de la part des patriciens génois parvenus à cette fonction suprême. Le manteau d’hermine, le pourpre et l’or, mais surtout le sceptre et la couronne donnent toute sa majesté au personnage portraituré, ces deux derniers attributs rappelant que le Doge est aussi roi de Corse. Les armes des Giustiniani à l’arrière-plan sont là pour identifier le personnage et affirmer symboliquement la puissance de la famille.
Fils du Doge Alessandro Giustiniani Longo et de Lelia De Franchi Toso, Luca voit le jour en 1586. Sa longue carrière politique débute lorsqu’il fait partie de la délégation rendant les hommages à l’amiral de la flotte française au nom de la République de Gênes. De 1620 à 1625, il occupe les fonctions de commissaire de la forteresse de Savone, puis est nommé parmi les trente capitaines ayant la responsabilité de la défense de la ville de Gênes. En 1626, il est envoyé à Bastia comme commissaire extraordinaire en Corse. Il assume ensuite la charge de représentant officiel de la république de Gênes auprès de Vincent II, duc de Mantoue et Montferrat, du pape Urbain VIII à Rome et, en 1637, de Philippe IV d’Espagne. Après le complot « démocratique » de Vachero, il est élu parmi les sept inquisitori de l’État avec la responsabilité du contrespionnage, avant d’intégrer le Magistrato di Corsica, office en charge des affaires insulaires. Cette fonction lui ouvrira par la suite les portes du Magistrato dei Cambi. En 1644, il est élu Doge de Gênes, charge qu’il occupera jusqu’en 1646. Par la suite, il poursuivra sa carrière politique en occupant diverses fonctions au sein de la haute administration génoise. Le parcours de Luca Giustiniani est typique de celui des élites ligures ayant accès au dogat. Il démontre comment les fonctions de gouverneur de Corse et de celle liée au Magistrato di Corsica étaient insérées dans une sorte de cursus politico-administratif que se partageaient, de façon aléatoire, les grandes familles patriciennes.