RÉSIDENCE # 03/11

🇫🇷

« Allégorie de la formation de la planète par le Dieu créateur »
Histoire Naturelle, tome 1, Preuves de la théorie de la Terre, 1750
Dessin par Nicholas Blakey. Gravure par Étienne Fessard
© Musée & parc Buffon, Ville de Montbard

Note : 5 sur 5.

Texte : Charlotte Teyssier, médiatrice, musée & parc Buffon, Montbard.

« Ne peut-on pas imaginer avec quelque sorte de vraisemblance qu’une comète tombant sur la surface du Soleil aura déplacé cet astre, et qu’elle en aura séparé quelques petites parties auxquelles elle aura communiqué un mouvement d’impulsion dans le même sens et par un même choc, en sorte que les planètes auraient autrefois appartenu au corps du Soleil, et qu’elles en auraient été détachées par une force impulsive commune à toutes, qu’elles conservent encore aujourd’hui ? »

Par ses quelques lignes écrites dans le premier tome de son Histoire Naturelle en 1749, Buffon livre sa théorie sur la formation des planètes et devient le premier scientifique à remettre en cause l’âge de la Terre, environ 6000 ans, donné par la Bible. C’est également le premier qui, par l’expérimentation, va arriver à une datation de notre planète, qu’il estime à 75000 ans ! Ses réflexions ne pouvaient qu’aboutir à des démêlés avec les théologiens de la Sorbonne. Même si Buffon proclame à plusieurs reprises la nécessité d’une séparation entre sciences et religion, un être divin est bien représenté dans cette gravure allégorique qui illustre son hypothèse sur la formation des planètes. On retrouve dans cette gravure tous les éléments du modèle scientifique développé par Buffon : le torrent solaire tumultueux résultant de la collision d’une comète avec la surface du Soleil, ainsi que les six planètes naissantes et leur cortège de satellites en accord avec les connaissances astronomiques du XVIIIe siècle. L’évocation de Dieu, entouré d’anges et de séraphins, dont les battements d’ailes, donnent le branle à l’univers et orientent le mouvement des planètes naissantes, peut surprendre. En plaçant judicieusement cette représentation au début de son texte, Buffon aura habilement cherché à éviter la censure des théologiens de la Sorbonne. Dans les manuscrits des Époques de la Nature en 1778, Buffon hésite et avance un âge beaucoup plus ancien pour la Terre, jusqu’à 10 millions d’années mais préfère s’en tenir à une valeur relativement modeste. Malgré ses erreurs et la faible valeur qu’il retient (rappelons que l’on estime aujourd’hui l’âge de la terre à 4,5 milliards d’années), son apport est considérable car il est le premier à remettre en cause le cadre chronologique traditionnel. Son audace ouvrira la voie à d’autres…