Monument à Jean-François Champollion
Centre national des arts plastiques
Paris, France
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🇫🇷

Frédéric-Auguste Bartholdi, Monument à Jean-François Champollion, 1875.
Collection du Centre national des arts plastiques.
© Centre national des arts plastiques, photo Alain Guilleux
Texte : l’équipe du Centre national des arts plastiques (CNAP).
N.B. : comme indiqué ci-dessous, le Monument à Jean-François Champollion est désormais exposé au musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine.
Cette sculpture monumentale en marbre, haute de 2,40 mètres, rend hommage à Jean-François Champollion, linguiste et déchiffreur des hiéroglyphes. Le projet du monument prend forme dès 1865, lorsque Auguste Bartholdi, fasciné par l’Égypte qu’il a découverte lors de son voyage de 1855-1856, se rend à Figeac, ville natale de Jean-François Champollion. Il y rencontre le maire, Eugène Guary, auquel il propose la réalisation d’un monument en hommage au savant. Séduite, la municipalité accueille favorablement cette initiative et met en place une commission de notables chargée d’en étudier la faisabilité. Dès l’origine, Bartholdi précise les conditions du projet, il estime le coût de la statue et de son piédestal entre 14 000 et 18 000 francs, et propose d’en assurer le financement par une souscription publique. La ville vote un premier crédit de 1 000 francs, tandis qu’Eugène Guary organise concrètement la collecte et multiplie les démarches auprès des autorités et des mécènes pour compléter le financement. Malgré ces efforts, les ressources locales et départementales sont insuffisantes. Un premier plâtre est présenté à l’Exposition universelle de 1867, dans l’espoir d’élargir la souscription à une échelle nationale et internationale. Cette stratégie permet de recueillir quelques contributions, encore très insuffisantes au regard du budget initial. Faute de fonds suffisants pour réaliser la statue en bronze initialement prévue, le projet ne parvient pas à aboutir dans sa forme initiale. Face à ces difficultés, Bartholdi réoriente son projet, abandonnant la fonte en bronze. Ce n’est qu’en 1873, grâce au soutien décisif du directeur des Beaux-Arts Charles Blanc, qui lui fournit un bloc de marbre, qu’il peut entreprendre la taille d’une version définitive. L’œuvre est présentée hors concours au Salon de 1875, puis acquise par l’État avant d’être inaugurée en 1878 au Collège de France, à l’initiative de son administrateur Édouard Laboulaye. Le choix de cette implantation est hautement symbolique : le Collège de France avait créé en 1831, pour Champollion, la première chaire d’égyptologie en France.
Avec cette sculpture, Bartholdi représente un Champollion à la fois victorieux – pour avoir percé le mystère des hiéroglyphes — et pensif, absorbé dans la contemplation d’une civilisation qu’il découvre, dont il perçoit déjà toute la richesse mais qu’il lui reste maintenant à comprendre. La statue fait référence au voyage d’étude de Champollion en Égypte (1828-1829). La position donnée par Bartholdi peut aujourd’hui surprendre, mais elle s’inscrit dans deux traditions : la méditation devant les ruines des civilisations disparues, illustrée par le penseur et orientaliste Volney dans son ouvrage Les Ruines ou Méditations sur les révolutions des Empires (1789), et le mythe d’Œdipe vainqueur de la sphinge, monstre à corps de lion et à tête humaine qui terrorisait la région de Thèbes en dévorant quiconque ne pouvait résoudre ses énigmes. Le sculpteur écrit en 1867 : « J’ai voulu rendre Champollion comme Œdipe arrachant au Sphinx son secret ». Mais contrairement à cette tradition, Bartholdi ne représente pas les deux protagonistes face à face. Ne disposant que d’un seul bloc, il dut travailler sur un axe vertical.
Après plus de 140 ans d’exposition en extérieur, la sculpture a subi d’importantes altérations liées aux intempéries, malgré plusieurs campagnes de restauration. Dans un souci de conservation, le Centre national des arts plastiques et le Collège de France ont décidé de son déplacement vers un environnement muséal adapté. Le musée Camille Claudel, qui conserve et présente un ensemble exceptionnel de sculptures de la période 1850-1914, offre un cadre idéal pour accueillir cette œuvre. Son intégration au parcours permanent permettra de la replacer dans son contexte artistique et historique, et d’en renouveler la lecture auprès du public. Ce dépôt s’inscrit dans un partenariat structurant entre le Cnap et le musée, qui se traduira par de nouveaux prêts d’œuvres.
Souhaitant conserver la mémoire de cette œuvre emblématique, le Collège de France a engagé la réalisation d’une réplique en résine. Un moule de la sculpture a été réalisé par l’atelier de chalcographie de la Réunion des musées nationaux, à partir du marbre original, préalablement transporté dans les ateliers. L’épreuve en résine est produite par l’atelier Prométhée. Cette réplique sera installée au centre de la cour d’honneur en juin 2026, permettant de maintenir la présence symbolique de Champollion dans ce lieu étroitement lié à son histoire scientifique.
