EXPOSITION # 100

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Le triptyque de Moulins
L’éclat retrouvé d’un chef-d’œuvre de la Renaissance

Après sa présentation au musée du Louvre, le Triptyque de Moulins, chef-d’œuvre de la peinture française vers 1500 superbement restauré, s’arrête au monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse. Du 12 septembre 2026 au 3 janvier 2027, dans une exposition à part entière, les visiteurs pourront découvrir cette œuvre dans toute sa splendeur. Après avoir exploré l’univers de Jean Hey, mystérieux Maître de Moulins dont une bonne partie des œuvres connues sont ici rassemblées, le parcours évoque aussi les connivences entre le triptyque et le mécénat des Bourbons, le monastère royal de Brou et sa fondatrice Marguerite d’Autriche.

Pendant des siècles, le Triptyque de la Vierge en gloire conservé dans la cathédrale de Moulins est resté l’œuvre du « Maître de Moulins », désignation d’usage pour l’auteur d’un chef-d’œuvre sans signature. Ce n’est que récemment qu’un large consensus scientifique s’est formé autour d’une identité : Jean Hey, peintre flamand au service de commanditaires français entre 1475 et 1505. Formé dans l’atelier d’Hugo van der Goes à Gand, Jean Hey maîtrise les techniques picturales flamandes les plus avancées de son temps : précision des portraits, rendu minutieux des étoffes et des matières, intensité psychologique des visages. En France, il adapte cet héritage au goût de la cour — plus sobre, plus hiératique — et s’impose comme un peintre recherché par les élites. Il est célébré de son vivant parmi les plus grands artistes de son temps. Son unique tableau connu signé et daté — l’Ecce Homo de 1494 (Bruxelles) — est présenté dans l’exposition. C’est grâce à l’inscription latine figurant sur son revers, nommant explicitement « maître Jean Hey, excellent peintre », que les historiens ont pu lever le voile sur cette identité longtemps mystérieuse. Autour de cette pièce clé, l’exposition propose un panorama rare de son œuvre : portraits de cour, compositions religieuses, enluminures.

Peint vers 1498 pour la cathédrale de Moulins, le Triptyque de la Vierge en gloire est une œuvre de grand format : 1,57 mètre de hauteur sur 2,83 mètres de largeur une fois ses volets déployés. Au centre, la Vierge Marie présentant l’Enfant Jésus trône en majesté sur un arc-en-ciel, entourée d’anges aux drapés vifs dans une lumière irréelle. Sur les volets latéraux, les commanditaires de l’œuvre – Anne de France et Pierre II de Bourbon – s’agenouillent en prière, peints avec un réalisme saisissant, à la frontière du monde des hommes et du sacré. Après trois ans d’étude et de restauration dans les ateliers du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF), le tableau retrouve l’éclat de ses couleurs d’origine. Le nettoyage des vernis accumulés sur des siècles a révélé la profondeur et la vivacité des couleurs, la subtilité des glacis et des dorures, la richesse des vêtements et le naturalisme des visages. Les investigations ont révélé le processus de création de cette œuvre, et les traces d’une polychromie originale dissimulée sous une dorure du XIXe siècle sur le cadre central. Au sein de l’exposition, un film documentaire produit par la DRAC AURA et le C2RMF retrace les étapes de cette restauration exceptionnelle. Au monastère royal de Brou, une vingtaine d’œuvres issues de musées européens sont réunies pour éclairer le triptyque sous tous les angles : qui était son artiste et ses commanditaires, dans quel contexte il a été créé, quelle place il occupe dans la peinture de son temps.

Jean Hey, Triptyque de Moulins, vers 1498-1502
Huile sur bois
Cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, Moulins
Propriété de l’État (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes), affecté au culte
© Reproduction Thomas Clot / CMN

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

Présentées par la commissaire de l’exposition
Magali Briat-Philippe
, conservatrice en chef et responsable des patrimoines,
Monastère royal de Brou

Note : 5 sur 5.

Ecce Homo

Jean Hey, Ecce Homo, 1494
Huile sur bois
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles · inv. 4497
© J. Geleyns

Œuvre capitale pour l’identification du Maître de Moulins, ce panneau de dévotion privée est la seule peinture signée de Jean Hey. Le Christ de douleur dans l’attente de sa crucifixion, couronné d’épines et mains liées, exprime dans son regard baissé la sensibilité doloriste de la fin du Moyen Âge. De format modeste, destinée à la méditation intime, la représentation se distingue par l’intensité du visage souffrant et la précision du modelé, hérités du style flamand. L’inscription au dos du tableau : « magr . Jo . cueillete . etat . 04 . annor . notari . et . secretari / regis . karoli . octavi . hoc / opus . insigne . fieri . fecit / per . m . Jo . hey . teutoni / cu . pictorem . egregiu . 14/94 » se traduit par : « Maître Jean Cueillette, âgé de 34 ans, notaire et secrétaire du roi Charles VIII, a fait faire cette œuvre insigne par maître Jean Hey, excellent peintre teuton. 1494. » C’est l’une des très rares signatures d’artiste de l’époque.

Note : 5 sur 5.

Marguerite d’Autriche

Jean Hey, Portrait de Marguerite d’Autriche, vers 1490-1491,
Huile sur bois
Collection Robert Lehman, Metropolitan Museum of Art, New York
© États-Unis, New-York (NY), The Metropolitan Museum of Art / image of the MMA

Il s’agit de l’une des images les plus saisissantes de la future régente des Pays-Bas et fondatrice de Brou, Marguerite d’Autriche. La fille de Marie de Bourgogne et de l’empereur Maximilien de Habsbourg avait une dizaine d’années lorsque Jean Hey la peignit à la cour de France. Elle y vivait depuis sa troisième année en tant qu’épouse de Charles VIII – union qui serait rompue en 1493 pour lui préférer Anne de Bretagne. Réalisé lors d’un séjour à Moulins à Noël 1490, le portrait de la jeune princesse s’inscrit dans une situation aussi exceptionnelle que précaire. Affichant le sérieux convenant à son rang, elle est vêtue d’une robe de velours pourpre bordée d’hermine, la tête couverte d’une coiffe tissée d’or et ornée de coquillages – allusion à saint Michel, patron du royaume de France. À son cou pend un bijou en fleur de lys mentionné dans ses inventaires, de même que les initiales brodées des deux fiancés – C et M. En arrière-plan on reconnait la ville de Moulins et le château de Beaumanoir, rénové par Anne de France. De cette dernière, la petite fille reçut la meilleure éducation possible et l’exemple d’un riche mécénat au féminin. Ayant peint d’autres enfants, tel le dauphin Charles Orland, Jean Hey démontre ici sa maîtrise exceptionnelle de l’art du portrait : le réalisme des traits et la précision des matières attestent d’une technique héritée des grands peintres flamands, mais un modelé adouci par un traitement subtil de la lumière et une vue rapprochée caractérisant son acclimatation au milieu français.
N.B. : bien que n’ayant pu faire le voyage, cette œuvre essentielle au propos est reproduite dans l’exposition.

Note : 5 sur 5.

Nativité du cardinal Rolin

Jean Hey, Nativité du cardinal Jean Rolin, vers 1480-1482
Huile sur bois
Panoptique d’Autun – musée Rolin, inv. H.V. 87
© Panoptique d’Autun – musée Rolin

Plus ancienne œuvre connue de Jean Hey, ce tableau montre le cardinal Jean Rolin, identifié par son blason et sa devise « Deum time » (crains Dieu), en prière devant la Nativité. L’Enfant Jésus, né dans une étable, est adoré par ses parents et des anges. Vu de près, accompagné de son petit chien, le donateur se trouve au même niveau que les personnages sacrés ; la Vierge, centrale et plus grande, respecte la hiérarchie symbolique des proportions. L’architecture en ruine, le paysage lointain et les bergers en arrière-plan trahissent l’influence néerlandaise, tandis que la richesse des coloris et la sérénité des figures annoncent déjà le talent de Jean Hey. Fils du chancelier Nicolas Rolin, mécène de Van Eyck et van der Weyden, le cardinal voyait en Jean Hey leur digne successeur. L’œuvre ornait la cathédrale d’Autun, qu’il dirigea 47 ans.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
Le triptyque de Moulins. L’éclat retrouvé d’un chef-d’œuvre de la Renaissance.
Exposition organisée par le Centre des monuments nationaux et la Ville de Bourg-en-Bresse, en coproduction avec le département de l’Allier (musée Anne de Beaujeu à Moulins), en collaboration avec la DRAC Auvergne- Rhône-Alpes, le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) et le Musée du Louvre.
Commissaires : Magali Briat-Philippe, conservatrice en chef et responsable des patrimoines, Monastère royal de Brou, avec la collaboration de Guennola Thivolle et Dominique Martos-Levif.
Action culturelle : visites commentées, contées et thématiques, ateliers et cours de peinture, concert et spectacle de danses anciennes, cycle de conférence (voir l’agenda du monastère royal de Brou).
Publication : Le Triptyque de Moulins – Restauration et redécouverte d’un chef d’œuvre de Jean Hey, sous la direction de Dominique Martos-Levif, Sophie Caron, Grégoire Chevalier, Marie Lionnet-de Loitière et Philippe Lorentz, Éditions du Patrimoine (110 pages, 19€).