Dessins du Seicento
Château de Chantilly, Chantilly
7 mars – 14 juin 2026
chateaudechantilly.fr
🇫🇷

PRÉSENTATION
Dessins du Seicento
L’Italie du XVIIe siècle, autour des collections du musée Condé
[Extrait du dossier de presse]
L’année 2026 s’ouvrira avec une saison italienne au Château de Chantilly : avant d’accueillir en juin les collections de Caroline Murat, reine de Naples, en mars les collections d’arts graphiques du XVIIe siècle, dit en Italie le Seicento, seront exposées pour la première fois, et dans leur intégralité. L’exposition inclura plus de cinquante œuvres, dont la moitié appartiennent au musée Condé. Elles font la part belle aux grands maîtres, du Baroche à Guerchin, en passant par le Dominiquin, formant un noyau qui résonne avec les grands formats présentés dans la Galerie de Peinture.
La collection présente la plupart du temps une seule œuvre par artiste, dûment sélectionnée pour son importance et son originalité. Elle s’étend du maniérisme tardif au classicisme principalement bolonais et romain, mais présente également quelques rares œuvres des écoles napolitaine et espagnole. Plusieurs dessins acquis comme appartenant aux écoles française ou flamande se sont avérés l’œuvre d’Italiens influencés par les étrangers séjournant dans la péninsule au XVIIe siècle. Van Dyck a fait place à Giovanni Benedetto Castiglione, Poussin à Giacinto Gimignani ou encore Le Lorrain à Filippo Napoletano. En outre, l’exposition inclut les œuvres d’artistes dont le séjour italien ne forme qu’une étape d’une brillante carrière, mais contribue durablement à faire évoluer le style du foyer auquel ils s’attachent temporairement, tels le bourguignon Jacques Courtois ou le florentin Stefano della Bella. La collection de dessins italiens du XVIIe siècle dialoguera avec les gravures qui lui sont contemporaines, où l’on retrouve Carrache mais aussi Guido Reni ou Jusepe de Ribera.
Dans le cadre de la préparation de l’exposition, le musée Condé a engagé avec Karine Stragier, des ateliers Saint Martin, une importante campagne de conservation préventive et de restauration de la totalité du fonds du musée Condé qui sera présenté. La mise au jour d’anciens montages, souvent réalisés à la main et datant du XVIIIe, voire du XVIIe siècle, la redécouverte d’inscriptions cachées comme de filigranes, a permis d’affiner l’historique et parfois même la paternité de plusieurs œuvres.
UNE SÉLECTION D’ŒUVRES
présentées par Ulysse Jardat,
conservateur du patrimoine au musée Condé,
commissaire de l’exposition.
Federico Barocci

Federico Barocci, Deux femmes se précipitant au secours de la Vierge évanouie
Pierre noire et craie blanche
Chantilly, musée Condé
© GrandPalaisRMN-Domaine de Chantilly – Sylvie Chan-Liat
[NDLR : ce dessin est une épreuve pour La Descente de Croix, conservée à la cathédrale San Lorenzo de Pérouse, en Italie (voir ici). La présente notice fait à la fois référence au tableau de Pérouse et au dessin de Chantilly.]
Barocci creuse les obliques pour exacerber la tension dramatique et d’un même élan faire converger les lignes vers le corps blême du Christ, suspendu un instant dans sa désescalade. Cette leçon de magniloquence harmonieuse constituera un canevas pour Rubens et maints artistes jusqu’au XIXe siècle. Le registre inférieur est totalement occupé par le surgissement diagonal des trois Marie, paroxysme d’émotion. Les deux femmes qui se jettent, à gauche, ont la coiffure ramifiée et l’expression endolorie : l’efficacité théâtrale de leur ruée pathétique bouleverse le rythme général de la composition. Une telle audace dans la mise en scène résulte d’une exploration graphique obstinée et méthodique.
Guercino

Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino, La Charité
Plume et encre brune, lavis brun
Chantilly, musée Condé
© GrandPalaisRMN-Domaine de Chantilly – Sylvie Chan-Liat
Peintre prolifique, Giovanni Francesco Barbieri, dit le Guerchin, mettait la pratique du dessin au centre de sa méthode de réflexion pour l’élaboration de ses compositions. Il est ainsi fréquent de conserver plusieurs dizaines de feuilles qui documentent les tâtonnements progressifs précédant la réalisation d’une fresque, d’un retable ou même d’une peinture de chevalet. Avec Agostino Carracci, Guercino est le seul artiste représenté par plus d’une œuvre au sein des dessins du seicento acquis par le duc d’Aumale. À la Charité transmise dans la collection Reiset, il a en effet ajouté le grand Christ au roseau issu de la collection Gigoux. Les deux feuilles, aussi facilement lisibles qu’elles sont d’emblée identifiables comme incontestablement de la main de Giovanni Francesco Barbieri, sont datables de deux périodes différentes de sa production.
La Charité est la plus précoce. La remarque manuscrite que Reiset inscrit dans l’exemplaire du catalogue imprimé de sa collection qu’il destine à Henri d’Orléans qualifie sans surprise l’œuvre de « bon guerchin (sic) ». La composition est en effet remarquable d’équilibre dans la répartition des quatre figures, magnifiquement déliées par une plume dont la savoureuse désinvolture est la marque de fabrique du maître. Point toutefois ici d’épanchement trop puissant comme dans d’autres feuilles ou l’expression graphique s’autonomise dans un gribouillage virtuose mais peut-être excessivement indiscipliné aux yeux d’un collectionneur comme Reiset. Les quelques griffures sont simplement venues stabiliser les replis du bras gauche de la femme ou de la jambe de l’enfant qu’elle tient sur ses genoux. Mais surtout, le lavis, par au moins trois degrés différents d’une dilution dans laquelle certaines boucles bavent encore – a su s’emparer des formes pour leur asséner un intense clair-obscur. Le plus sombre pinceau a accroché les rebonds du visage de chaque personnage : après avoir baigné les chevelures, il a obstrué les cavités orbitales puis maculé les saillies des pommettes. Une telle harangue ténébriste encourage à situer l’œuvre dans la première partie de la carrière de l’artiste, avant les inflexions classiques qui ne seront impulsées qu’après les années romaines.
Il Grechetto

Giovanni Benedetto Castiglione, dit Il Grechetto (Gênes, 1609 – Mantoue, 1664)
Trinité adorée par une femme agenouillée
Plume et encre brune, lavis brun, pierre noire
© GrandPalaisRMN-Domaine de Chantilly-Sylvie Chan-Liat.
Restaurée et étudiée pour la première fois en 1999, à l’occasion de l’exposition accompagnant le catalogue raisonné des dessins allemands et flamands du musée Condé, cette feuille a été rendue par Mary Newcome Schleier à Castiglione. Elle avait jusqu’alors été attribuée à Van Dyck (1599-1641). C’était, comme l’a souligné David Mandrella, méconnaître encore ce graphisme vif de l’artiste génois, occulté par le succès de ses élégantes gouaches colorées. Lorsque Van Dyck séjourne à Gênes, entre 1621 et 1625, il laisse, à la suite de son maître Rubens, une empreinte indélébile sur le foyer artistique ligure, qui va bien au-delà de la révolution qu’il apporte dans le domaine du portrait. Aussi, nul doute qu’il ait été une source d’influence déterminante pour Castiglione. Toutefois ce dernier avait dès sa formation été imprégné de tendances flamandes, du fait sans doute d’un contact précoce avec Jan Roos (1591-1638), qui a très probablement été son professeur. Peintre natif d’Anvers, Roos connut ses premiers succès italiens à Rome en réalisant des natures mortes et s’installa définitivement à Gênes des 1616 (il collabora plus tard avec Van Dyck). Mais il semble que cette influence certaine du portraitiste flamand n’ait pas été immédiate. Ce n’est qu’à sa période de maturité, après un long détour par Rome, entre 1632 et 1638, que le Grechetto a commencé à montrer une parenté avec l’art de Van Dyck. Après avoir été marqué, dans la ville éternelle, par Poussin et son néo-vénétianisme, Castiglione ne s’est autorisé à relâcher son pinceau comme sa plume que lors du retour à Gênes, dans les années 1640.
C’est de cette période qu’il est possible de dater le dessin du musée Condé, voire de celle du second séjour à Rome, entre 1647 et 1652, lors duquel il conserve ce trait désormais vibrant et nerveux, accentuant la dramatisation des formes, devenues plus mobiles et expressives. Quelques autres dessins, étudiés par Ann Percy, permettent de former un petit groupe dans lequel s’insère la feuille du musée Condé et de la dater plus précisément vers 1649-1650. Quelle est la scène représentée au recto du dessin du musée Condé ? Qui est cette femme adorant la Trinité ? Mandrella a supposé qu’il pourrait s’agir de sainte Thérèse d’Avila, tandis que Catherine Loisel songe plutôt à sainte Françoise Romaine. Seule la position du Christ, lointain dérivé d’un modèle popularisé par les Carracci, semble bien inspirée d’une œuvre plusieurs fois répliquée par Van Dyck : la Lamentation de Munich. Le corps abandonné de Jésus, tête penchée, a les bras écartés appuyés sur les genoux de Marie, comme sur ceux de Dieu le père dans le dessin.
INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS
Quoi ?
Dessins du Seicento. L’Italie du XVIIe siècle, autour des collections du musée Condé
Exposition organisée par le musée Condé du Château de Chantilly.
Commissariat : Ulysse Jardat, conservateur du patrimoine au musée Condé.
Où ?
Château de Chantilly
Cabinet d’arts graphiques Prince Amyn Aga Khan
60500 Chantilly
chateaudechantilly.fr
Quand ?
Du 7 mars au 14 juin 2026
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h00 à 17h00 (18h00 à partir du 1er avril).
Dernier accès une heure avant la fermeture de la billetterie.
Combien ?
Tarif plein : 18 euros.
Tarif réduit : 14,50 euros.
Ce tarif donne accès au château, au parc, aux Grandes Écuries, aux expositions temporaires et aux animations équestres.
Les informations concernant les tarifs, les réductions et les gratuités sont disponibles sur le site internet du château de Chantilly.
Comment ?
Un catalogue est édité, dans la série des Carnets de Chantilly, par les éditions Faton (160 pages, 120 illustrations, 22 euros).
