EXPOSITION # 92

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

L’art romain du Louvre
Un monde d’images

En 2026, le Musée de la Romanité s’associe au musée du Louvre pour explorer la place de l’art dans la civilisation romaine. Rompant avec l’approche esthétisante héritée de l’époque moderne et des collectionneurs, le parcours invite à redécouvrir un art profondément ancré dans la vie quotidienne et les croyances. Les œuvres présentées ne sont pas seulement belles : elles sont porteuses de fonctions, d’usages et de significations. À travers cette exposition, le Musée de la Romanité donne à voir une sélection exceptionnelle de chefs-d’œuvre tous issus de l’une des plus grandes collections d’art antique au monde.

La civilisation romaine se caractérise par l’importance qu’elle accorde à la sophistication de la culture matérielle. Dans la sphère publique comme dans les espaces domestiques, funéraires ou religieux, l’art imprègne chaque dimension de la vie. De la vaisselle en verre à la statuaire en marbre, des mosaïques aux objets du quotidien, la maîtrise des formes, des styles et des techniques traduit une conception de la civilisation où le raffinement matériel est une expression des valeurs individuelles ou collectives de la société romaine. L’exposition s’attache à montrer que l’art romain n’est pas un art « pour l’art » :les œuvres n’étaient pas créées pour leur seule beauté et leur esthétisme, mais répondaient à des fonctions concrètes et sociales. Elles servaient à honorer les dieux, à affirmer une identité collective, à célébrer la mémoire d’un individu ou à orner les lieux de la vie quotidienne. L’esthétique, omniprésente, n’était pas une fin en soi, mais le langage d’une société qui se pense, se raconte et se met en scène à travers les images.

L’exposition s’ouvre sur un paradoxe : celui de notre regard muséal contemporain, qui tend à considérer toute production visuelle romaine comme une œuvre d’art, isolée de son contexte d’usage. Le parcours débute ainsi par une confrontation entre deux objets emblématiques : un casque de gladiateur de Pompéi, dont l’utilité n’empêche pas la richesse décorative, et un fragment de peinture murale dont le statut d’œuvre d’art résulte de sa présentation moderne, alors qu’il s’insérait à l’origine dans un décor architectural global. Ces deux pièces incarnent le décalage entre le regard esthétique actuel et les logiques d’usage antiques, invitant le visiteur à reconsidérer ce qu’il entend par « art ».

Vue de l’exposition « L’art romain du Louvre »
© Lauren Xavier Ferreira – Musée de la Romanité

Vue de l’exposition « L’art romain du Louvre »
© Lauren Xavier Ferreira – Musée de la Romanité

Vue de l’exposition « L’art romain du Louvre »
© Lauren Xavier Ferreira – Musée de la Romanité

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

Présentées par les commissaires de l’exposition
(voir partie « Informations pratiques pour les visiteurs »)

Note : 5 sur 5.


Tête de Bénévent

Tête masculine idéale, dite « Tête de Bénévent », Herculanum, vers 50 av. J.-C.
Bronze, incrustations de cuivre (lèvres), H. 33 ; l. 23 ; ép. 20 cm
Don Napoléon III, 1870. Paris, musée du Louvre
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Tony Querrec

Ce buste, destiné à couronner un pilier dit « hermaïque » (de Hermès), décorait une demeure romaine ; sa découpe à la naissance des épaules est volontaire. Offert par Ferdinand II, roi des Deux-Siciles, à la famille Pedicini pour son palais de Bénévent, il y fut repéré en 1867 par Heinrich Heydemann. Acheté par le comte Tyszkiewicz comme provenant d’Herculanum, il fut ensuite acquis par Napoléon III et donné au Louvre en 1870. La tête, légèrement inclinée, présente un visage allongé. La couronne végétale, deux tiges entrelacées ornées de feuilles et de baies, identifie un athlète vainqueur, couronné de rameaux d’olivier sauvage. La coiffure, le nez et la bouche ont d’abord conduit à une attribution à Polyclète ou à un sculpteur du Ve siècle av. J.-C. Mais l’expression mélancolique, le contraste entre frange picturale et peau lisse, et la liberté des mèches suggèrent aujourd’hui une œuvre classicisante imprégnée de style polyclétéen.

Note : 5 sur 5.

Coupe de Césarée

Coupe de Césarée, 1e moitié du IVe siècle apr. J.-C., provenance inconnue
Bronze incrusté d’argent et d’alliages cuivreux, H. 8,2 ; D. 20,2 cm
Achat 1962. Paris, musée du Louvre
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Cette coupe très rare, dotée d’un pied annulaire inhabituel pour ce type de vase, est décorée de scènes polychromes incrustées de lamelles d’argent et d’alliages cuivreux. Les bords illustrés évoquent l’histoire de Césarée Maritime, grand port de Méditerranée orientale, à travers quatre scènes disposées en frise. Trois d’entre elles renvoient au mythe fondateur de la Tour de Straton, première implantation du site, bien que leur interprétation demeure discutée. On y reconnaît notamment une consultation d’oracle, une expédition maritime et une scène d’alliance entre un personnage nommé Straton et Asclépios, identification aujourd’hui remise en question au profit d’une fondation hellénistique. La dernière scène montre une libation accomplie devant la Tychè de Césarée, associée aux « jeux sacrés » mentionnés par une inscription. Datée du IVe siècle, probablement fabriquée en Palestine, la coupe relevait d’une commande prestigieuse destinée à un notable local. Par son décor sophistiqué, elle commémore l’histoire de la colonie romaine tout en célébrant la mémoire plus ancienne de la Tour de Straton.

Note : 5 sur 5.

Jugement de Pâris

Mosaïque figurant le Jugement de Pâris, 1ère moitié du IIe siècle apr. J.-C., Antioche-sur-l’Oronte
Marbre, calcaire, pâte de verre et obsidienne, H. 196 ; l. 196 ; ép. 15 cm
Dévolution 1936, fouilles franco-américaines de 1932.  Paris, musée du Louvre
© Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier

Dans un paysage montagneux évoquant le mont Ida, Pâris est assis sur un rocher, entouré de quelques bêtes de son troupeau, le regard tourné vers Hermès. Le messager des dieux lui demande de remettre la pomme d’or de la Discorde à la plus belle des trois déesses : Athéna lui promet sagesse et victoire, Héra l’empire sur l’Asie, Aphrodite l’amour d’Hélène de Sparte. Pâris choisit Aphrodite, déclenchant l’enlèvement d’Hélène et la guerre de Troie. Ce panneau constituait le centre d’un pavement de mosaïque dans un triclinium, salle à manger et espace de sociabilité de la domus romaine. La bordure ornée de rinceaux d’acanthe et de masques dionysiaques témoigne de la permanence de la tradition hellénistique dans l’Orient romain, notamment à Antioche (actuelle Antakya, Turquie). La composition et le rendu illusionniste de la scène, proches de la peinture campanienne, permettent aux convives d’apprécier à la fois la culture et la richesse de leur hôte, tout en participant aux plaisirs de la table et de l’esprit à l’époque impériale.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
L’art romain du Louvre. Un monde d’images.
Exposition organisée par le musée de la Romanité, à Nîmes.
Commissariat général : Isabel Bonora Andujar, conservatrice au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, Musée du Louvre ; Manuella Lambert, conservatrice au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, Musée du Louvre ; Martin Szewczyk, conservateur au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, Musée du Louvre ; Nicolas de Larquier, conservateur en chef, Musée de la Romanité.
Commissariat exécutif : Claire Champetier, adjointe au conservateur, Musée de la Romanité.

Comment ?
Un riche programme d’activités culturelles est proposée par le musée dans le cadre de l’exposition. Il réunit visites guidées, visites-ateliers, conférences, spectacles, concerts et cours de dessin. Le détail de la programmation est consultable ici.
Le catalogue de l’exposition est édité par les Éditions El Viso (224 pages, 32 euros).