RÉSIDENCE # 05/10

🇫🇷

Anonyme, entourage d’Andrea Locatelli, Paysage, 1e moitié du XVIIIe siècle
Huile sur toile, 105 x 114,5 cm
Musée de Bastia, MEC.56.13.168 © Cliché Musée de Bastia

Note : 5 sur 5.

Texte : Ariane Jurquet, responsable de la conservation et de la documentation du Musée de Bastia.

Formé dans l’atelier du peintre de marine Bernardino Fergioni (1674-1738), Andrea Locatelli se situe dans la lignée des grands paysagistes romains du XVIIe siècle, tel que Nicolas Poussin (1594-1665). Il acquière assez vite une grande renommée, tant auprès des riches collectionneurs romains, tels que les Barberini, les Rospigliosi, les Ruspoli, les Albani ou le cardinal Ottoboni, que des visiteurs étrangers auxquels il vend ses tableaux. Toutefois, en raison de son exclusion de l’Academia di San Luca, qui ne reconnaît pas le paysage en tant que grand genre de la peinture, il est rapidement éclipsé par des peintres plus polyvalents, comme Pannini ou Jan Frans Van Bloemen dit l’Orizzonte (1662-1749). Pourtant, il reste l’un des premiers représentants de la peinture « en plein air », dont les œuvres oscillent entre idéal et réalité et dont l’influence sera décisive sur la production des vedutisti romains et des paysagistes de la fin du XVIIIe siècle, comme Joseph Vernet. Les œuvres de Locatelli sont caractérisées par une composition élégante dans le style arcadien et un grand sens de la lumière qui s’exprime dans une gamme chromatique claire et lumineuse. Influencé par les bamboccianti, il anime ses compositions de petits personnages pittoresques : bergers, paysans… à l’image des deux hommes qui se reposent au bord d’une rivière. Ce tableau montre une nature grandiose. Les arbres gigantesques, debout ou déracinés, les rochers abrupts, le ciel nuageux et menaçant donnent la mesure de l’insignifiance et du caractère éphémère de l’homme face à la nature sauvage. Impression renforcée par le château, dont une partie est en ruine. Toutefois, les deux personnages paisibles, ainsi que la lumière très douce qui éclaire la toile, apportent une atmosphère de sérénité qui contrebalance ce sentiment d’inquiétude. Cette œuvre fait partie de l’ancienne collection du cardinal Joseph Fesch (1763-1839), léguée à la Ville de Bastia.