RÉSIDENCE # 04/08

🇫🇷

Papaver orientale, Pavot du Levant, inv. 2024.02.02.065
Espèce cultivée, collectée dans un jardin, peut-être celui du château de Cressia ?
© PERNOT Antonin, Lons-le-Saunier, Musée d’Archéologie du Jura

Note : 5 sur 5.

Texte : l’équipe du musée de Lons-le-Saunier.

Constitué à Lyon entre 1835 et les années 1850 par Antoine François Xavier Thiaffait, l’herbier qui porte son nom témoigne de l’engouement pour les sciences naturelles qui se développe au XIXe siècle. Horloger et changeur de profession, Thiaffait était aussi un passionné de botanique. Il collecte des plantes dans la région lyonnaise et au Jardin botanique de Lyon, puis, à partir de 1849, dans la Petite Montagne jurassienne, où il revient s’installer.

La collection rassemble environ 3 000 spécimens de plantes, remarquablement conservés. Ils proviennent de milieux très variés : plantes sauvages récoltées principalement dans la région lyonnaise, le Jura et la Savoie, mais aussi plantes cultivées dans des jardins privés ou au Jardin botanique de Lyon. Cette diversité des origines constitue l’une des grandes particularités de l’herbier. Autre originalité : les spécimens sont conservés dans 36 volumes composés de pochettes cartonnées à rabat. Ce mode de rangement a favorisé leur bonne conservation et permet, une fois les volumes ouverts, une présentation en lutrin. L’herbier pouvait ainsi être consulté et montré à des visiteurs. En 1855, le conservateur du musée de Lons-le-Saunier le découvre au château de Cressia et salue déjà la qualité de sa réalisation, le qualifiant d’« herbier modèle ».

Après avoir été conservée au château de Cressia, la collection disparaît des sources pendant plusieurs décennies. Elle réapparaît finalement sur le marché de l’art et est acquise par le musée de Lons-le-Saunier lors d’une vente aux enchères en janvier 2024. Cette acquisition, réalisée avec l’aide de l’État et de la Région Bourgogne-Franche-Comté via le Fonds Régional d’Acquisition des Musées (FRAM), renoue ainsi avec l’histoire du musée, puisque Thiaffait ayant déjà contribué à ses collections en 1855 par un don de spécimens minéralogiques.

La collection est également un précieux témoignage de l’histoire de la botanique. Thiaffait a classé ses plantes selon la méthode d’Augustin-Pyramus de Candolle, publiée en 1813 et alors encore récente. Les étiquettes associent noms communs, noms latins et familles botaniques. L’informatisation de l’herbier révèle aussi des appellations inhabituelles : fautes d’orthographe, noms inventés ou noms non publiés dans la littérature scientifique. Ces traces renseignent sur les pratiques et les connaissances botaniques de l’époque.

Un vaste projet d’informatisation et de numérisation (soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2024) est engagé pour rendre cette collection accessible au plus grand nombre. Les quelque 3 000 parts sont photographiées, puis documentées dans une base dédiée : identification, provenance, informations de collecte et statut de conservation. Les données ont vocation à rejoindre les bases nationales Joconde et E-Recolnat, ainsi que les plateformes de valorisation du musée. La numérisation limitera la manipulation des spécimens tout en ouvrant de nouvelles possibilités de recherche et de médiation.

Enfin, l’herbier Thiaffait est aussi un témoin de l’évolution de la biodiversité. Sa numérisation a permis d’identifier une centaine de plantes aujourd’hui classées de « quasi menacées » à « en danger critique » selon les catégories de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Les spécimens anciens deviennent ainsi des archives précieuses pour observer les transformations du monde végétal.

À la croisée de l’histoire locale, de la botanique et de la conservation de la biodiversité, l’herbier Thiaffait invite à regarder autrement des plantes récoltées il y a près de deux siècles.

Hibiscus heterophyllus, Ketmie à feuilles variées, inv. 2024.02.05.059
Espèce exotique, collectée certainement au Jardin des Plantes de Lyon
© PERNOT Antonin, Lons-le-Saunier, Musée d’Archéologie du Jura

Gingko biloba, Arbre aux 40 écus, inv. 2024.02.29.047
Espèce classée « En danger » (EN) dans la liste rouge
des espèces menacées d’extinction établie par l’IUCN
© PERNOT Antonin, Lons-le-Saunier, Musée d’Archéologie du Jura

Premier des 36 volumes de l’herbier Thiaffait, inv. 2024.02.01
© VUILLERMOZ David, Lons-le-Saunier, Musée d’Archéologie du Jura

Volume ouvert pour la consultation des plantes, inv. 2024.02.01
© VUILLERMOZ David, Lons-le-Saunier, Musée d’Archéologie du Jura