EXPOSITION # 88

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Art nouveau – Art déco
Marseille au cœur des styles

Le Château Borély – Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode présente Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles, une exposition qui traverse la période 1889-1937, des courbes naturalistes de la Belle Époque aux lignes géométriques du modernisme. Réunissant près de 300 œuvres, elle éclaire correspondances et ruptures entre ces deux esthétiques majeures, tout en révélant le rôle de Marseille, carrefour méditerranéen, dans la diffusion et la réinvention des arts décoratifs. Des prêts exceptionnels d’institutions prestigieuses tels que les Manufactures nationales, Sèvres & Mobilier national, le Musée d’Orsay ou encore Chanel et la fondation Azzedine Alaïa viennent enrichir la présentation de pièces inédites des collections muséales de la Ville de Marseille

Entre 1889 et 1937, période jalonnée par les expositions universelles de 1900 et 1925, l’histoire des arts décoratifs connaît une profonde mutation : aux courbes organiques de l’Art nouveau succèdent les lignes géométriques et le souffle moderniste de l’Art déco. L’exposition Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles propose de traverser cette séquence charnière en mettant en lumière correspondances, ruptures et réinventions, qui ont façonné ces deux grands courants de la modernité. Réunissant près de 300 œuvres – mobilier, céramiques, verres, créations de mode, peintures, dessins, objets de voyage –, le parcours offre une double lecture :  d’une part, l’évolution stylistique de la Belle Époque aux années 1930 ; d’autre part, les résonances de ces esthétiques à Marseille et en Provence. Adapté à la configuration du Château Borély, le parcours privilégie une approche thématique qui souligne continuités et contrastes. Certaines salles explorent le foisonnement de l’Art nouveau — nature, monde marin, figure féminine — tandis que d’autres mettent en avant la modernité urbaine, le dynamisme et la stylisation propres à l’Art déco. Ailleurs, les créations des ateliers de céramique marseillais de Saint-Jean-du-Désert et d’Aubagne dialoguent avec les œuvres d’artistes liés à la cité, tels David Dellepiane ou Félix Nadar. La mode occupe également une place majeure, révélant l’évolution du goût autant que celle du rôle des femmes, des lignes souples du tournant du siècle aux silhouettes modernistes annonçant les années 1940.

En restituant la diversité de ces langages décoratifs, l’exposition offre un regard renouvelé sur la richesse des collections marseillaises et sur les échanges artistiques entre Paris et la Méditerranée. Carrefour des modernités, Marseille apparaît en filigrane à travers ses artistes, ses manufactures et son rôle dans la diffusion du goût français, favorisé par la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée ainsi que par les grandes liaisons maritimes de la Compagnie Générale Transatlantique — dont le mythique Normandie — et de la Compagnie des Messageries Maritimes.

L’exposition Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles au château Borély.
© Ville de Marseille

Une partie de l’exposition consacrée à l’Art nouveau © Ville de Marseille

Une partie de l’exposition consacrée à l’Art déco © Ville de Marseille

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

présentées par la commissaire générale et scientifique de l’exposition
Marie-Josée Linou, directrice du pôle arts décoratifs des musées de Marseille,
membre sociétaire de la Société des Amis du Patrimoine européen.

Note : 5 sur 5.

Vantaux vitrés de style Art nouveau

Louis Trézel (1863-1912), Vantaux vitrés, 1er quart du XXe siècle
Verre, plomb
Dépôt du Fonds national d’Art contemporain
au château Borély – Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode, inv. S 173
© Musées de Marseille, photo Raphaël Chipault & Benjamin Soligny

À la charnière des XIXe et XXe siècles, l’Art nouveau révolutionne les arts décoratifs par sa volonté de rompre avec les styles du passé et de repenser l’environnement quotidien dans son ensemble. Inspiré par les formes organiques, notamment végétales, le mouvement privilégie la ligne courbe, l’asymétrie, le raffinement des matériaux et l’alliance harmonieuse entre beauté formelle et fonction.
À partir des années 1880, l’art du verre connaît un renouvellement technique et créatif majeur. Les artistes verriers Art nouveau remploient des techniques décoratives héritées des verriers du passé et mettent au point de nouveaux procédés : inclusions, irisation, jeux de transparence ou d’opacité, application de patine ou de poudre de verre en surface, verre doublé ou camée, pâte de verre. Dans le domaine du vitrail, Louis Trézel, collaborateur d’Hector Guimard, met au point des émaux en relief translucides appliqués sur le verre. Il applique cette technique notamment dans les vitraux de plusieurs bouillons parisiens, ces restaurants populaires du début du XXe siècle.

Note : 5 sur 5.

Bahut de style Art déco

René Gabriel (1899-1950), Bahut, vers 1930
Bois, métal, ivoire
Fonds musée Cantini
Château Borély – Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode, inv. C 1070
© Musées de Marseille, photo Raphaël Chipault & Benjamin Soligny

Dans l’entre-deux-guerres, l’Art déco s’affirme comme une esthétique de la modernité, fondée sur la clarté des lignes, la stylisation des formes et le raffinement des matériaux. À la fois héritier et en rupture avec l’Art nouveau, ce style s’impose progressivement dans un contexte marqué par la reconstruction, le développement industriel et une redéfinition des usages et du goût. L’exposition met en évidence l’évolution du répertoire décoratif depuis les années 1910, caractérisée par une simplification des formes, un abandon progressif de l’ornement naturaliste et une affirmation de la géométrie.
Artiste décorateur principalement connu pour ses créations de mobilier, René Gabriel peut être considéré comme un précurseur du design français. Il commence sa carrière par la conception de papiers peints et de tapis, puis se fait connaître lors de l’Exposition de 1925 en concevant la « chambre de jeune fille » dans le pavillon de la Société des artistes décorateurs, baptisé « Une ambassade française ». Il s’investit ensuite plus particulièrement dans la production de meubles en série, économiques et accessibles à tous. Ce bahut particulièrement imposant reprend le géométrisme cher à l’Art déco. Le caractère épuré et le décor métallique rectiligne l’inscrivent toutefois dans une approche moderniste du mobilier.

Note : 5 sur 5.

La femme en rose

Albert Braïtou-Sala (1885-1972), La femme en rose, 1927
Huile sur toile
Riom, musée Mandet, inv. 61.1.1
© Musées de Riom Limagne et Volcans, photo P. Balaÿ

Au tournant du XXe siècle, mode et arts décoratifs relèvent d’une même dynamique : traduire, dans les formes et les matières, l’évolution du goût et des usages. Les échanges sont constants entre création vestimentaire et arts décoratifs. De 1900 à 1937, la silhouette féminine connaît de profondes transformations, reflet de nouveaux rapports au corps et à la modernité. Créateurs de mode et décorateurs cherchent à concilier élégance et confort, en phase avec une société en mutation. Ces évolutions s’inscrivent dans un dialogue plus large entre les différentes disciplines.
Né en Tunisie, Albert Sala, dit Braïtou-Sala, se forme à Paris à l’Académie Julian avant de devenir, dans l’entre-deux-guerres, l’un des portraitistes mondains les plus recherchés. Par l’intermédiaire de son ami Alexandre Joannidès (1879-1927), historien de la Comédie-Française, il fréquente de nombreuses personnalités du monde des arts et du spectacle. Peint en 1927, année de la mort du critique, le portrait figure son épouse, Jouvenette Joannidès. La composition en X, formée par les bras tendus et les jambes croisées, structure l’image et renforce la frontalité du modèle. Cheveux courts et crantés, visage fardé, sourcils épilés et regard direct incarnent la femme moderne des années 1920, proche de celle révélée par les portraits photographiques de Nancy Cunard (1896-1965), icône de l’avant-garde, réalisés en 1926 par Man Ray. La robe de style, à buste long et plat, taille basse et jupe à larges volants laissant voir les jambes, popularisée par Jeanne Lanvin, illustre cette nouvelle élégance féminine.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles.
Exposition organisée par le Château Borély – Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode de la Ville de Marseille.
Commissaire générale et scientifique : Marie-Josée Linou, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du pôle arts décoratifs des musées de Marseille.
Commissaire scientifique associée : Élise Vanriest, conservatrice du patrimoine, responsable du Département des collections et des ressources documentaires (DCRD), Mucem.

Comment ?
À l’occasion de cette exposition, le musée propose une importante programmation culturelle, notamment une riche offre de visites : visites commentées générales et thématiques, visites adaptées (visites sensorielles et visites en LSF), visites-ateliers, visites ludiques, visites-jeux de rôle, ainsi qu’un parcours urbain pédestre. Le détail de la programmation est disponible dans l’agenda, sur le site du musée.