EXPOSITION # 89

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

De Naples à Chantilly.
Les collections de la reine Caroline Murat.

Caroline Murat (1782-1839), sœur de Napoléon Ier et reine de Naples dès 1808 aux côtés de son époux Joachim Murat, peut être surnommée la reine des arts. Passionnée par la baie de Naples et les sites antiques de Pompéi et d’Herculanum, elle constitua une collection remarquable en soutenant des artistes majeurs tels que Ingres, Rebell ou Canova. L’exposition-événement présentée au musée Condé du Château de Chantilly reconstitue cette collection, grâce à une centaine de prêts nationaux et internationaux, et d’œuvres, conservées au musée Condé, récemment réattribuées ou restaurées. Elle met en valeur le goût novateur de Caroline Murat et son rôle essentiel dans le rayonnement artistique de Naples au début du XIXe siècle, invitant les visiteurs à un voyage entre Naples et Chantilly.

L’exposition met l’accent sur le lien unissant Naples à Chantilly et Caroline Murat à Henri d’Orléans, duc d’Aumale et fondateur du musée Condé. Dernière sœur de la fratrie de Napoléon Ier, Caroline Bonaparte épouse le 20 janvier 1800 le général de brigade de l’armée impériale Joachim Murat, proche de l’empereur. La collection des Murat prend racine dans la France impériale et s’enrichit durant leur règne napolitain. C’est Léopold de Bourbon-Siciles, prince de Salerne, régent à Naples à partir de 1815 au moment de la Restauration, qui reçoit en partage une grande partie de la collection des Murat. Ces œuvres rejoignent finalement, en 1854, la collection du duc d’Aumale, gendre du prince de Salerne. Si le collectionnisme de Caroline Murat connaît un essor à Naples, ses prémices prennent place en France, dans les résidences parisiennes du couple. Du palais de l’Élysée au château de Neuilly, l’exposition dévoile l’existence d’un goût précoce pour le mobilier et les décors à l’antique, déjà prégnants dans les salons et cabinets d’études de la reine. Les paysages et vues intérieures de ces demeures rappelleront le raffinement artistique et architectural qui caractérise le mode de vie de Caroline Murat.

Régnant à Naples à partir de 1808, le couple Murat s’installe dans le palais royal. Cette demeure d’exception devient alors l’écrin de la collection grandissante de Caroline Murat. Le milieu artistique et intellectuel dans lequel baigne la baie de Naples à l’arrivée du couple des Murat est empreint de néoclassicisme. L’Italie est alors tournée vers son héritage antique, artistique et historique, mais aussi vers les grands noms de la Renaissance. La peinture italienne de l’époque moderne orne ainsi les murs du palais royal de Naples. La décennie de domination française est marquée par l’application d’une politique des arts dans le domaine archéologique. Caroline Murat développe un vif intérêt pour les fouilles archéologiques de Pompéi et d’Herculanum. Plus qu’un goût pour les trésors, c’est une véritable conscience patrimoniale qui semble être née chez la reine. Cette dernière se constitue alors un entourage composé des savants les plus éclairés tels que le comte de Clarac, Aubain-Louis Millin, ou encore François Mazois qui entreprend de compiler ses travaux et dessins d’études dans les Ruines de Pompéi dédicacées « à Sa Majesté, la reine des Deux-Siciles ». Genèse d’un « Musée de la Reine », les remarquables antiques conservés au musée Condé et présentés à l’occasion de cette exposition sont un témoignage de la passion archéologique de Caroline Murat et du caractère scientifique de sa collection.

Si le goût de Caroline Murat était tourné vers les œuvres du passé, la reine de Naples doit également être considérée comme une protectrice des arts et des artistes de son temps. L’exposition redonne vie à ce mécénat éclairé et à cette sensibilité pour la production contemporaine, en mettant l’accent sur des figures artistiques majeures, dont les œuvres étaient appréciées et collectionnées par Caroline Murat. Y sont mis particulièrement à l’honneur Antonio Canova – dont on doit au couple Murat l’introduction de son œuvre en France – François Gérard, Jean Auguste Dominique Ingres, François Marius Granet, Benjamin Rolland ou encore Louis Nicolas Lemasle. Un accent particulier sera mis sur les paysages napolitains et vues du Vésuve dont les principaux peintres, Joseph Rebell, Alexandre Hyacinthe Dunouy ou encore Louis Nicolas Philippe Auguste de Forbin, occupent une place de choix au sein de la collection de Caroline Murat.

Vues de l’exposition « De Naples à Chantilly » © Sophie Lloyd
(ce visuel et le suivant)

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

présentées par les commissaires de l’exposition
Mathieu Deldicque, directeur du musée Condé et du musée vivant du Cheval
au Château de Chantilly,
et Gennaro Toscano, conseiller scientifique à la Bibliothèque nationale de France
et professeur à l’École nationale des chartes.

Note : 5 sur 5.

Caroline Murat et ses enfants

François Gérard, Caroline Murat et ses enfants, 1808-1810
Huile sur toile, H. 217,5 cm, L. 170,5 cm
Fontainebleau, musée Napoléon Ier
(dépôt du musée national des châteaux de Malmaison et Bois Préau)
© Château de Fontainebleau / Distribution RMN Grandpalais / Image château de Fontainebleau

Rien ne destinait Joachim et Caroline Murat à devenir les souverains du prestigieux royaume de Naples, intégré à l’empire de Napoléon. Prenant la suite de Joseph Bonaparte, roi de Naples de 1806 à 1808, qui y a remplacé les Bourbons-Siciles, et qui vient d’être nommé roi d’Espagne, Joachim Murat, alors grand-duc de Berg et de Clèves, devient roi de Naples le 1er août 1808. Bien que séparé de la Sicile, Naples est la capitale d’un vaste royaume, berceau des arts, occupant une place de choix au centre de la Méditerranée. Pendant leurs sept années de règne, Murat et Caroline entreprennent la modernisation de leur royaume. Cette reprise en main générale est accompagnée d’un vaste programme de réformes des institutions culturelles : théâtres, université, académies ou musées. Cette « décennie française » est considérée par les historiens comme la période la plus novatrice du XIXe siècle méridional.
Au Salon de 1808, Gérard présente plusieurs portraits de la famille impériale pour le palais de Saint-Cloud et imagine une effigie de Caroline et ses enfants, destiné à montrer la continuité dynastique et affirmer son tout nouveau statut de reine sur fond du golfe de Naples, devant le Vésuve fumant. À gauche de la reine se tient son aîné, Achille Murat. De l’autre côté, Laetitia Murat désigne de l’index gauche son frère cadet, Lucien Murat qui, tel Cupidon, bande la corde de son arc. Enfin, debout à gauche, se tient la benjamine, Louise Murat. La dévotion envers Napoléon s’exprime à travers Achille qui porte l’uniforme bleu de colonel des grenadiers à pied de la Garde impériale, le même que Napoléon avait l’habitude de revêtir, tandis que Laetitia porte au cou un médaillon renfermant un portrait de son oncle.

Note : 5 sur 5.

La chambre à coucher de Caroline Murat

Élie Honoré Montagny (1782-1864), Chambre à coucher d’apparat de la reine Caroline Murat
au palais royal de Naples
, 1812
Aquarelle
Collection particulière © Jean Losi

Arrivés dans leur nouveau royaume en 1808, véritable « terre promise » selon les mots mêmes de Caroline, le couple Murat reproduit ce qu’il a organisé en France. Tous deux choisissent, pour décorer leurs appartements d’apparat et privés, un certain nombre de tableaux anciens laissés sur place par les Bourbons ou ceux de la collection Farnèse que Joseph Bonaparte, leur prédécesseur, a fait revenir de Rome en 1807. Ces œuvres sont accompagnées de leurs portraits officiels. Caroline est séduite par la beauté de la baie de sa nouvelle capitale et son passé antique. Les fouilles des sites d’Herculanum et de Pompéi ont commencé quelques décennies auparavant sous les Bourbons de Naples et Joseph Bonaparte. Sa sœur Caroline montre un intérêt particulier pour Pompéi et engage des moyens substantiels pour continuer les fouilles.
Nulle part le goût personnel de la reine ne se révèle mieux que dans sa chambre. Au milieu, entouré de quatre colonnes antiques soutenant un baldaquin, le lit est posé sur une estrade pavée en mosaïque antique et clôturée par une balustrade en marbre surmontée de têtes antiques. À droite et à gauche du lit prenaient place deux autels antiques. À gauche, on reconnaît la grande toile représentant le château de Benrath peinte par Dunouy (Naples, musée de Capodimonte) ; au-dessous, sur un meuble, est posé Pan tenant un thyrse. Sur la cheminée de la paroi de droite, sont posées trois autres statues antiques : Vénus Anadyomène, un Satyre sur un mulet et une Orante. Les autres tableaux accrochés aux parois représentant des vues de Naples et du royaume ont été peints par Denis, dont La darse avec le Vésuve fumant.

Note : 5 sur 5.

Panorama de Naples

Simon Denis, Panorama de Naples, 1808
Huile sur toile, H. 256 cm, L. 375 cm
Chantilly, musée Condé
Restauré grâce au soutien des Amis du Musée Condé et d’Alice Goldet
© GrandPalaisRmn-Domaine de Chantilly-Mathieu Rabeau

Cette toile, la plus monumentale peinte par l’artiste et sans doute l’une de ses plus belles créations, représente la ville de Naples depuis la colline de Capodimonte, dominée à droite par le château Sant-Elmo et la chartreuse San Martino. Au fond, on aperçoit le Vésuve, caché par les frondaisons luxuriantes du premier-plan, la presque-île de Sorrente et l’île de Capri. La puissance de la lumière matinale permet à l’artiste de restituer avec une très grande clarté non seulement les animaux et les bergers et bergères du premier plan mais aussi les architectures de la ville dominée par un nombre impressionnant de coupoles. La grande toile est commandée par Joseph Bonaparte en 1807 pour commémorer la nouvelle route « Napoléone » construite pour relier la ville à la colline de Capodimonte. L’élaboration de cette vaste composition est assez longue et malgré la demande du commanditaire, nommé entre temps roi d’Espagne, de la lui livrer à Madrid, le Panorama de Naples depuis Capodimonte est acquis par les Murat et installé dans la grande chambre d’apparat de la reine au palais royal de Naples. Acquise par le duc d’Aumale en 1854, l’œuvre la plus monumentale peinte par l’artiste est exposée au public pour la première fois après sa restauration, qui lui a redonné tout son éclat d’origine.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
De Naples à Chantilly. Les collections de la reine Caroline Murat.
Exposition organisée par le Château de Chantilly, avec le soutien exceptionnel de la Direction régionale des affaires culturelles des Hauts-de-France, de la Bibliothèque nationale de France, du Château de Fontainebleau et de l’Institut Culturel Italien.
Commissaires : Mathieu Deldicque, Conservateur en chef du patrimoine, directeur du musée Condé et du musée vivant du Cheval au Château de Chantilly, et Gennaro Toscano, Conservateur général, conseiller scientifique à la Bibliothèque nationale de France et professeur à l’École nationale des chartes.
Commissaire associé : Ulysse Jardat, conservateur du patrimoine au musée Condé au Château de Chantilly.

Comment ?
L’exposition consacrée à Caroline Murat et présentée dans la Salle du Jeu de Paume est complétée par deux autres expositions, installées dans le château : « Napoléon à Chantilly » au Cabinet des livres (du 6 juin au 4 octobre 2026) et « Diego Cibelli. Confins de porcelaine » à la Grande Singerie (du 6 juin au 20 octobre 2026).
Le catalogue de l’exposition est co-édité par In Fine Éditions d’art et le Château de Chantilly (296 pages, 200 illustrations, 45 euros).