EXPOSITION # 98

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Réalisme animal

Le musée départemental Gustave Courbet consacre une exposition majeure à l’essor de l’art animalier au XIXe siècle — une révolution artistique où l’animal, autrefois relégué aux marges, s’impose comme un sujet central, miroir des bouleversements sociaux et culturels de l’époque. À travers plus de 120 œuvres, Réalisme animal révèle comment cette mutation picturale reflète une transformation radicale : celle du regard de l’homme sur la faune, entre fascination, exploitation et émergence d’une sensibilité au vivant. Grâce à des prêts exceptionnels de nombreuses institutions et bénéficiant du soutien exceptionnel du musée d’Orsay, l’exposition réunit les plus grandes signatures du genre : Gustave Courbet, dont l’attachement viscéral à la nature sauvage transcende le réalisme ; Rosa Bonheur, peintre virtuose d’un art animalier officiel ; ou encore Emmanuel Fremiet et François Pompon, pionniers d’une modernité sculpturale.

Au-delà d’une plongée historique, Réalisme animal crée un pont entre les débats du XIXe siècle — sensibilité animale, industrialisation de l’élevage, protection des espèces — et les urgences éthiques et écologiques de notre temps. Une exposition qui interroge autant qu’elle émerveille, et rappelle que l’art, hier comme aujourd’hui, est un puissant révélateur des enjeux de société. Alors que le Réalisme de Gustave Courbet brouille les codes de la peinture en lui donnant une dimension sociale, l’art animalier s’empare lui aussi des enjeux de son temps. Entre 1848 et 1914, la société française reconnaît pleinement le monde animal comme une composante indissociable de son tissu social, politique et culturel. La Révolution de 1848 marque un tournant : en abolissant les hiérarchies, la nouvelle République introduit l’égalité dans les arts.

Le genre animalier, autrefois « mineur », s’affranchit de la tradition. Comme l’écrivait Jules Michelet, le règne animal devient une « branche politique » où chaque espèce frappe à la porte de la démocratie. Reflet de notre société contemporaine, l’exposition amène à voir combien certaines préoccupations font écho à des sujets considérés comme actuels. Réalisme animal crée un pont entre hier et aujourd’hui. Les artistes de l’époque, en représentant les animaux, invitent à repenser notre relation au vivant.

Exposition Réalisme animal © Musée départemental Gustave Courbet

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

Présentées par les commissaires de l’exposition
Benjamin Foudral
, conservateur et directeur du Pôle Courbet,
Thierry Laugée, professeur d’histoire de l’art, Université de Nantes,
et Olivier Vayron, historien de l’art.

Note : 5 sur 5.

Gustave Courbet

Gustave Courbet, Génisse et taureau au pâturage, vers 1850
Huile sur toile
Ornans, musée départemental Gustave Courbet, Inv. 2002.3.1
© Musée départemental Gustave Courbet / Photo : Pierre Guenat

Premier tableau animalier peint par Courbet en 1850, Taureau et génisse au pâturage est une réinterprétation libre de Paul Potter. Le critique Zacharie Astruc salue « ce taureau blanc piqué de taches rouges, et la génisse blonde, dans une prairie entourée de collines… C’est le sentiment de Potter, mais avec plus de vigueur, un ton plus large. » Présenté au Pavillon du Réalisme en 1855, aux côtés des Demoiselles de village qui en reprend le paysage avec les deux bovins, ce tableau démontre combien Courbet et la jeune génération réaliste ont voulu se placer dans l’héritage de ces maîtres anciens hollandais pour revendiquer un art vrai, vivant et affranchi des conventions.

Note : 5 sur 5.

Rosa Bonheur

Rosa Bonheur, Labourage Nivernais, 1849
Huile sur toile
Paris, musée d’Orsay, Inv. RF 64
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

Cette toile marque le premier grand succès de Rosa Bonheur. Destinée à l’État, son format monumental est à l’image de la propagande gouvernementale. Le sujet principal est le nouveau bétail issu de la Vacherie nationale de Poussery (Nivernais), où des zootechniciens créent, par croisements, des bovins polyvalents : à la fois bêtes de travail et animaux de boucherie. L’artiste magnifie ces enjeux : la force brute des bœufs labourant la terre est montrée dans leurs muscles tendus et l’écume à leur bouche, tandis que leur corps massif, presque géométrique, répond aux critères des animaux à viande. Bonheur présente ces bêtes propres et alignées, offrant ainsi au spectateur de prendre la place du jury de concours agricole.

Note : 5 sur 5.

Emmanuel Fremiet

Emmanuel Fremiet, Le pélican gastronome, 1890
Bronze à patine dorée
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris – Inv. PPS3823
CCØ Paris Musées / Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Au premier abord, cette œuvre apparaît comme une scène ornithologique authentique : un pélican nourrissant ses petits. Fremiet renforce l’illusion en représentant un oisillon tombé du nid, piaillant pour attirer l’attention. Mais des détails dérangent : sous l’aile, une provision de poissons, et derrière lui, des bouteilles de champagne cachées. La vérité zoologique bascule soudain dans l’anthropomorphisme. En réalité, Fremiet détourne le mythe du pélican se sacrifiant pour nourrir ses petits en perçant son flanc, symbole de dévouement absolu. Ici, l’animal devient un parent humain trop généreux, occupé à gâter sa progéniture.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
Réalisme animal
Exposition organisée par le musée départemental Gustave Courbet (Département du Doubs), avec le soutien exceptionnel du musée d’Orsay.
Commissaires : Benjamin Foudral, conservateur et directeur du Pôle Courbet, Thierry Laugée, professeur d’histoire de l’art, Université de Nantes, et Olivier Vayron, historien de l’art.
Action culturelle : visites commentées et ateliers, rencontres, événements musicaux et chorégraphiques (voir l’agenda du musée).