EXPOSITION # 94

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Sarah Bernhardt. Le mythe vivant.
Passion d’un collectionneur

Comédienne, femme d’affaires, décoratrice, peintre, sculptrice, mannequin, globe‑trotter, muse, inspiratrice… Comment raconter la « Divine » Sarah Bernhardt et ses 1000 vies ? Le Palais Lumière à Évian apporte sa pierre à l’édifice, grâce à la collection du commissaire d’exposition et historien de l’art Pierre-André Hélène. Près de 300 pièces racontent une partie des aventures de celle que l’on qualifiait de « monstre sacré ».

Star absolue de la Belle Époque, Sarah Bernhardt a mené sa vie avec une liberté démesurée. Avant-gardiste, elle maitrisait les codes pour promouvoir son image et se mettre en scène : une particularité qui sert de fil rouge à l’exposition du Palais Lumière. Par sa renommée, elle lance également les carrières d’artistes, tels que l’affichiste et illustrateur Alphonse Mucha (1860-1939) ou encore le bijoutier René Lalique (1860-1945).

À travers six sections, l’exposition aborde différentes périodes de la vie de Sarah Bernhardt de façon linéaire. Sa jeunesse, sa famille et ses débuts, puis sa carrière d’artiste dans la sculpture, la peinture et bien sûr le théâtre. Mais aussi les artistes qu’elle a inspirés, ceux dont elle a propulsé la carrière, sa vie amoureuse… Sans oublier ses tournées sur les cinq continents et son rôle d’ambassadrice de la culture française à travers le monde

Cette exposition mêle peintures, gravures, photographies, affiches, souvenirs et bijoux de scène que la comédienne a portés, sculptures de sa création… Des meubles et objets Art nouveau, ainsi que d’exceptionnelles robes du créateur Ollivier Henry, recréent l’atmosphère de la « Divine » Sarah. Des extraits sonores et vidéos jalonnent l’exposition pour apporter une vision multidimensionnelle au récit de cette vie gorgée d’anecdotes. De nombreux dessins, photos et lithographies présents dans l’exposition la représentent chez elle et mettent en lumière ses talents de décoratrice. À l’époque, elle invente un style de décor intérieur, reflet de ses excentricités, qui fait fureur, le style « Sarahbernhardesque », selon le terme inventé par le compositeur – et proche ami – Reynaldo Hahn.

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

Présentées par le commissaire de l’exposition
Pierre-André Hélène
, historien de l’art, conservateur et collectionneur.

Note : 5 sur 5.


Théodora

Sarah Bernhardt dans Théodora, Victorien Sardou, 1884
Lithographie d’après Georges Clairin, 60 × 44 cm, 1884
© Photo Bernard Eyquem

Sarah Bernhardt n’hésite jamais à subjuguer son public à l’aide de mises en scène aussi fastueuses que délirantes dans les pièces « historiques » de Victorien Sardou, écrites sur mesure pour elle. Rien n’est trop grand, rien n’est trop beau, rien n’est trop riche pour lui permettre d’interpréter ces rôles d’impératrices, de princesses, de saintes, véritables péplums avant l’heure que les spectateurs, ébahis, plébiscitent avec bonheur. Avec Théodora, deuxième pièce du prolixe dramaturge, Clairin décide de représenter « sa » Divine, allongée sur une sorte de lit-trône, à décor de pans et de plumes, entourée, telle une odalisque sultane omnipuissante et maléfique, d’esclaves prosternés et de gardes prêts à l’éventer au moindre geste. Ces mises en scène quasi pharaoniques inspirent naturellement le cinéma, notamment Cécile B. DeMille pour ses films à grand spectacle. C’est dire ce que le mythe d’Hollywood doit à Sarah Bernhardt et à la France !

Note : 5 sur 5.

Cléopâtre

Bandeau de tête dans Cléopâtre, Victorien Sardou, rôle-titre, 1890
Paillettes, cabochons de verre et pierres dures montés sur trame, 57 × 7 cm, circa 1890
© Photo Suzanne Nagy

Ce bandeau de tête fait partie d’un ensemble de bijoux de théâtre porté par Sarah Bernhardt dans Cléopâtre (Victorien Sardou, pièce créée en 1890) : collier, pectoral, ceinture et bandeau de tête. Sarah Bernhardt accorde une attention très soutenue aux décors, accessoires, bijoux, costumes et mise en scène des pièces qu’elle interprète. Elle intervient à chaque étape de la création, de la réalisation et décide de tout. Elle échange avec Lalique, avec Fouquet – et combien d’autres – de nombreux courriers dans lesquels elle dessine, annote et modifie les propositions qui lui sont faites. Il va de soi que tous ces objets la suivent dans les tournées pharaoniques – souvent plus d’un an, à travers des dizaines de villes – et sont ainsi mis à rude épreuve tant dans les transports que sur des scènes parfois de fortune. Elle « use » ainsi les bijoux, autant que les costumes, en grand nombre… Les pièces présentent souvent cinq actes au cours desquels elle arbore des ensembles toujours différents. C’est cette parure, dont cet extraordinaire bandeau de tête, que porte l’actrice à l’instant où, mordue par l’aspic, elle est sur le point de mourir et qu’elle interprète le regard révulsé dont elle a le secret.

Note : 5 sur 5.

Mains enlacées

Mains enlacées de Sarah Bernhardt et Louise Abbéma, Sarah Bernhardt
Bronze, 31 × 10 cm, circa 1875
© Photo Daniel Ladeuille

Sarah Bernhardt et Louise Abbéma se rencontrent jeunes. Avec Georges Clairin, ils deviennent une sorte de trio « inséparable », forment à eux trois « la société du doigt dans l’œil » et ne se quitteront pas durant toute leur vie. Sarah entretiendra une liaison amoureuse avec les deux artistes qui la représenteront à la ville comme à la scène dans presque tous ses rôles. Cette passion ne tarde pas à se transformer en amitié amoureuse d’une vie entière à laquelle ils resteront – malgré les multiples liaisons de Sarah – des plus fidèles. À la veille de sa mort, Sarah dédicace encore sa dernière photographie à Louise Abbéma d’un : « À Louise Abbéma, mon amie, d’hier, d’aujourd’hui et bientôt de l’au-delà… ». Cette œuvre représentant les mains entrelacées des deux femmes est un extraordinaire témoignage de l’attachement que Sarah Bernhardt et Louise Abbéma se vouent. Il n’existe de cette sculpture que cinq exemplaires.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
Sarah Bernhardt. Le mythe vivant. Passion d’un collectionneur
Exposition organisée par le Palais Lumière, à Évian.
Commissaire d’exposition : Pierre-André Hélène, historien de l’art, conservateur et collectionneur.
Conseiller artistique du Palais Lumière : William Saadé, conservateur en chef honoraire du patrimoine et commissaire d’exposition.

Comment ?
Dans le cadre de l’exposition, l’équipe du Palais Lumière propose de nombreuses activités : visites et ateliers, concerts, théâtre. Le détail de la programmation culturelle est consultable sur ce document.
Le catalogue de l’exposition est publié par les Éditions Sans Égal (224 pages, 180 illustrations, 39 euros).