EXPOSITION # 95

🇫🇷

Note : 5 sur 5.

Ingres et la mode

À l’été 2026, le musée Ingres Bourdelle de Montauban consacre une exposition inédite au rapport de Jean-Auguste-Dominique Ingres à la mode. À travers une sélection exceptionnelle de plus de 200 pièces, peintures, dessins, textiles, accessoires et documents d’époque, le parcours met en lumière l’attention singulière du maître pour la représentation des étoffes, des drapés et des vêtements, révélant comment la mode façonne le regard et la composition artistique. L’exposition explore la manière dont Ingres sublime la matière textile, joue avec les transparences, s’inspire des tendances de son temps et dialogue avec l’histoire de l’art pour conférer à ses portraits une modernité intemporelle. En conclusion, est abordée l’influence de la peinture d’Ingres sur les créateurs de mode des XXe et XXIe siècles (Castelbajac, Saint Laurent, Issey Miyake…).

Initiateur d’un style singulier, Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) a régné comme un des maîtres incontestés au sein de l’école française pendant plus d’un demi-siècle. Depuis quelques années, l’actualité des expositions portant sur le peintre démontre amplement l’intérêt que suscite son œuvre aujourd’hui. Peintre d’histoire, il a aussi été reconnu par ses contemporains pour son talent exceptionnel de portraitiste, combinant de manière rare des qualités d’analyse psychologique à une attention précise pour la parure et la toilette de ses modèles. Ainsi Théophile Gautier a pu louer un artiste sachant « […] mettre son grand goût au service du journal des modes » alors que Baudelaire plus réprobateur, dénonçait son usage de la couleur qu’il lui reproche d’utiliser « comme une marchande de modes ». Par cette place de choix accordée au costume contemporain, sans jamais verser dans le portrait mondain, Ingres atteint une sorte d’équilibre qui fait paradoxalement de lui un véritable « peintre de la vie moderne » – titre que Baudelaire lui a pourtant toujours refusé.

Si le sujet du portrait chez Ingres a été brillamment étudié il y a vingt-cinq ans lors de l’exposition organisée à Londres, New York et Washington, la question du rapport spécifique entretenu par le peintre avec la mode n’a par contre jamais encore fait l’objet d’une exposition à part entière. Or, depuis une dizaine d’années, les musées, notamment de beaux-arts, convoquent la mode aux côtés de productions artistiques pour initier un dialogue nouveau, où se mêlent des questions d’ordre esthétique, social ou économique. C’est dans ce mouvement que souhaite s’inscrire le musée Ingres Bourdelle avec ce projet.

Vues de l’exposition Ingres et la mode
© Musée Ingres Bourdelle / Iamp – Pauline Henric
(cette image et les deux suivantes)

Note : 5 sur 5.

UNE SÉLECTION D’ŒUVRES

Présentées par les commissaires de l’exposition
Florence Viguier-Dutheil
, directrice du musée Ingres Bourdelle,
et Alexandra Bosc, directrice adjointe des collections et de la recherche à Paris-Musées.

Note : 5 sur 5.

Madame Rivière

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Madame Rivière, 1805
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, inv. MI 1446
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Franck Raux

Madame Rivière, née Marie-Françoise-Jacquette-Bibiane Blot de Beauregard, aimait se faire appeler Sabine dans la vie courante, plus à la mode que ses quatre prénoms parmi lesquels elle n’arrivait pas à choisir. Par son père, vérificateur des contributions publiques, elle appartient au même milieu social que son époux, Philibert Rivière. Renvoyant à la tradition virtuose des élégantes du siècle de Louis XV, ce portrait est aussi un prétexte pour le peintre à démontrer la maîtrise précoce de ses capacités techniques. Il y rend avec virtuosité les différentes qualités des textiles, tour à tour soyeux, moelleux, vaporeux ou transparents. Le châle cachemire négligemment drapé autour de la jeune femme fait certainement partie des « schalls de cachemire blanc et ponceaux [rouge] » mentionnés dix ans plus tard dans l’inventaire après décès de son époux, comme traces des présents généreux qu’il lui octroyait, sans doute pour faire oublier des incartades dont il ne se cachait guère. Accessoire de grand luxe, le cachemire occupe une place prépondérante dans ce portrait, véritable ode à sa sinueuse arabesque.

Note : 5 sur 5.

Granet

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Portrait de François-Marius Granet à Rome, 1807
Huile sur toile
Aix-en-Provence, musée Granet, inv. 849.1.31
© GrandPalaisRmn / Agence Bulloz

Le Portrait de Granet est sans doute l’un des plus beaux portraits d’homme conçu par Ingres et son premier portrait en extérieur, départ d’une série que l’artiste explorera volontiers pour représenter les Français en Italie avec une idée, récurrente chez lui, de croiser ce genre du portrait avec ceux de la peinture d’histoire ou du paysage. Ce dernier genre étant justement celui dans lequel excelle François-Marius Granet, le plus proche ami d’Ingres à cette époque. Le charme de la toile vient de la complémentarité entre un visage déjà très romantique par les boucles brunes qui l’encadrent – nous ne sommes qu’en 1807 – et ce ciel d’orage au-dessus du Quirinal. On pense au célèbre Portrait de Chateaubriand peint par Girodet la même année, avec lequel Granet partage paysage romain et élégance vestimentaire. Cravate de soie sur une chemise à la blancheur immaculée et manteau élégant pour chacun signent le raffinement d’une tenue d’artiste.

Note : 5 sur 5.

Robe du soir de Madame Moitessier

Sébastien Passot (costumier), Robe du soir en deux parties,
d’après celle portée par Madame Moitessier dans son portrait réalisé par Ingres
(1856, Londres, National Gallery), 2026
Taffetas de soie, impression pigmentaire d’un motif de fleurs
imitant la technique de l’imprimé sur chaîne.
Garnitures d’effilés de soie. Crinoline-cage et jupon en popeline de coton
© Montauban, musée Ingres Bourdelle / cliché IAMP Photographie

Dans son second portrait peint par Ingres (1856, Londres, National Gallery, reproduit ci-dessus), Madame Moitessier porte une opulente robe à crinoline, coupée dans une soie d’inspiration néo-XVIIIe. Les motifs du taffetas – bouquets de roses dans le style dit « Pompadour » – reprennent les formes irrégulières et flammées des textiles « chinés à la branche » en vogue au siècle précédent. Cet aspect y est obtenu par une technique inventée vers 1816, celle de l’« imprimé sur chaîne » : on tisse une première étoffe temporaire sur laquelle on imprime un décor aux contours réguliers, puis on en arrache le fil de trame, les fils de chaîne étant laissés vierges en réserve. Un second tissage avec une nouvelle trame produira cet effet ombré caractéristique, rappelant l’ikat asiatique. La reconstitution de cette robe, faite pour l’exposition, présente un tissu à l’aspect très similaire, obtenu grâce à une technique d’impression numérique. Si la crinoline est associée dans les imaginaires au Second Empire, elle est née dès la monarchie de Juillet, vers 1845. Depuis 1830, les jupes s’arrondissent, en référence aux paniers du XVIIIe siècle, mais elles n’atteignent pas encore la grande circonférence caractéristique de la nouvelle ligne. Cette silhouette s’est mise en place grâce aux jupons crinolinés – tissus à trame de crin de cheval et chaîne de lin, suffisamment rigides pour soutenir de grands métrages – qui remplacent les jupons superposés utilisés pour donner du volume. L’invention en 1856 de la crinoline-cage, structure légère de cerceaux métalliques reliés par des cordons, permet d’atteindre des circonférences impossibles auparavant – Ingres laissera visibles ces cerceaux, relevés pour s’asseoir, sous la jupe de Madame Moitessier. La forme de la crinoline évoluera : ronde de 1845 à 1861, projetée vers l’arrière jusqu’en 1867, puis aplatie sur l’avant.

Note : 5 sur 5.

INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS

Quoi ?
Ingres et la mode
Exposition organisée par le musée Ingres Bourdelle (Ville de Montauban), avec la collaboration exceptionnelle du musée du Louvre et du musée des Arts Décoratifs. Cette exposition est reconnue d’intérêt national par l’État (ministère de la Culture) qui lui apporte à ce titre un soutien financier exceptionnel.
Commissaires : Florence Viguier-Dutheil, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du musée Ingres Bourdelle et spécialiste de l’œuvre d’Ingres, et Alexandra Bosc, directrice adjointe des collections et de la recherche à Paris-Musées, ancienne conservatrice au Palais Galliera et spécialiste reconnue de l’histoire de la mode du XIX siècle.
Action culturelle : visites commentées et contées, ateliers et journée d’études, grand bal et déambulations musicales (voir l’agenda du musée).
Catalogue : Ingres et la mode, coédition Liénart éditions et musée Ingres Bourdelle (392 pages, 340 illustrations, 39 euros).