Salomé. Henner et Moreau face au mythe
Musée national Jean-Jacques Henner, Paris
18 février – 22 juin 2026
musee-henner.fr
🇫🇷

PRÉSENTATION
Salomé. Henner et Moreau face au mythe
[Extrait du dossier de presse]
Tantôt sensuelle, tantôt ingénue, l’héroïne biblique Salomé n’a cessé de fasciner les artistes depuis la Renaissance. Parmi eux : Jean-Jacques Henner et Gustave Moreau. L’exposition-dossier Salomé. Henner et Moreau face au mythe présente une trentaine d’œuvres réalisées par les deux peintres autour de cette figure féminine envoûtante. Dessins préparatoires, croquis, peintures… dont la dernière Salomé de Henner, acquise par l’Établissement public en 2024, dialoguent au musée national Jean-Jacques Henner (Paris 17e) du 18 février au 22 juin 2026.
Salomé est un personnage secondaire de la Bible. C’est le nom que l’on donne habituellement à la fille d’Hérodias (Hérodiade). Elle danse un jour avec tant de grâce devant Hérode Antipas pour son anniversaire que ce prince, dans l’ivresse de sa joie, lui promet sous serment public de lui donner tout ce qu’elle lui demande. Salomé, conseillée par sa mère, demande la tête de Jean Baptiste qui dénonce avec véhémence le remariage, contraire à la loi, d’Hérode Antipas et Hérodiade. Devenue symbole de la féminité dangereuse, support de tous les fantasmes artistiques, Salomé fut la muse de Flaubert et Mallarmé, l’obsession de Moreau, la compagne de maturité de Henner, l’inspiratrice d’Oscar Wilde et de Richard Strauss. Ainsi, à la fin du XIXe siècle les Salomé étaient légion : sous forme de tableaux, de sculptures, de poèmes, de contes, de pièces de théâtre, de ballets ou d’opéras, en France comme l’étranger.
Pour Gustave Moreau, elle était une obsession. Durant une vingtaine d’années, il en réalise des dizaines de variations en s’attachant à l’évocation de la célèbre danse. Salomé, princesse couverte de bijoux, prend place dans des palais richement décorés… Sur certaines peintures il use de techniques si détaillées qu’on les dirait « tatouées ». Jean-Jacques Henner, pour sa part, se focalise sur l’épisode où Salomé tient un plateau en argent contenant la tête du Baptiste. Sans décors, ni accessoires, il propose au public la vision palpable d’une représentation du corps féminin, thème cher à l’artiste durant toute sa carrière.
UNE SÉLECTION D’ŒUVRES
présentées par Maëva Abillard, conservatrice en chef du musée national Jean-Jacques Henner,
commissaire de l’exposition avec Charles Villeneuve de Janti,
et Marie Vancostenoble, assistante de conservation, chargée de la régie des œuvres et de la documentation, musée national Jean-Jacques Henner, assistante des commissaires.
Salomé dansant

Gustave Moreau, Salomé dansant
Huile sur toile
Paris, musée Gustave Moreau, Cat. 211 © Jean-Yves Lacote
Œuvre emblématique du musée Gustave Moreau, Salomé dansant est une variante de la peinture exposée au Salon de 1876 (Salomé, Los Angeles, The Armand Hammer Museum of Art and Cultural Center). Le peintre reprend la même composition (le palais, Hérode, le bourreau, la panthère, Salomé sur la gauche) et certains éléments du décor (comme les oiseaux surmontant des sphères sur le trône d’Hérode), mais la figure de la danseuse est différente. Salomé est ici entièrement nue, face au spectateur. L’originalité de cette œuvre tient à ce réseau décoratif, tracé à la peinture noire ou blanche, comme « imprimé » sur l’architecture et le corps de la princesse. Ces ornements « tatoués » s’inspirent de sources variées – Antiquité égyptienne ou grecque, art médiéval ou Sri Lankais, etc. – et ont pour certains été ajoutés tardivement. Cette technique inédite synthétise toute la fantaisie propre à l’imaginaire de Moreau, où le mélange des inspirations occupe une place centrale. Ainsi, le motif en demi-cercle situé au pied du trône d’Hérode provient d’une pierre de lune qui orne le seuil d’un sanctuaire bouddhique sri lankais. Concernant la figure de la danseuse, on identifie, près de son genou droit, une sauterelle reproduite dans un numéro du Magasin Pittoresque daté de 1833. Le scarabée ailé égyptien (associé au dieu Râ), situé au niveau de sa hanche droite, est issu d’un recueil d’ornements d’Heinrich Dolmetsch (1889), dont Moreau possédait un exemplaire. L’œil oudjat (ou œil d’Horus), copié par l’artiste au Louvre, est représenté deux fois et forme, ainsi répété, comme un pectoral.
Salomé

Jean-Jacques Henner, Salomé, dite à tort Hérodiade. Grande étude préparatoire, [Vers 1887]
Huile et fusain sur papier marouflé sur toile
Paris, musée national Jean-Jacques Henner, JJHP 288 © Jean-Yves Lacote
Cette œuvre est une étude préparatoire, à l’échelle 1, du tableau présenté au Salon de 1887 intitulé Hérodiade, aujourd’hui non localisé, mais connu par une reproduction en couleur dans la presse (Paris Illustré, 7 mai 1887). Bien que Henner intitule sa peinture du nom de la mère de la danseuse, il représente Salomé, reconnaissable grâce à son « attribut » : la tête de Jean-Baptiste, qu’elle porte sur un plat, visible sur la partie inférieure gauche de la composition. On décèle dans cette grande étude les traits de Juana Romani – dont le visage triangulaire et la frange sont reconnaissables – qui pose régulièrement pour Henner à partir de 1885 et jusqu’en 1890 (et qui fut également son élève). La silhouette, cernée d’un trait noir de fusain, se détache nettement sur le fond nu, sans décor. La couleur rouge, appliquée sur la robe, évoque la sensualité et la séduction mais aussi le sang et la mort ; elle contraste avec la peau du modèle d’un blanc laiteux. Henner réalise une œuvre singulière et envoûtante, à la fois par le sujet et par son traitement d’une grande force plastique.
Étude pour Salomé

Gustave Moreau, Étude pour « Salomé » du Salon de 1876
(Los Angeles, The Armand Hammer Museum of Art and Cultural Center)
Fusain et sanguine sur papier
Paris, musée Gustave Moreau, Des. 11966 © Jean-Yves Lacote
Cette feuille de belles dimensions est à mettre en relation avec le tableau Salomé présenté au Salon de 1876, aujourd’hui conservé à Los Angeles. La danseuse y apparaît de profil, montée sur ses pointes, dans une posture très théâtrale : un bras tendu vers l’avant, l’autre replié vers le visage, tenant une fleur de lotus, dans un geste presque rituel. À gauche, un élément architectural est esquissé (colonne, autel ou monument). Il situe vaguement la scène dans un espace antique ou imaginaire, mais sans réalisme strict. Moreau privilégie l’évocation à la description. L’artiste concentre ses recherches plastiques essentiellement sur le costume de l’héroïne et le positionnement de ses gestes. Ce dessin au fusain, très stylisé, aux lignes précises et sinueuses, offre une accumulation de détails décoratifs, convoquant des références extra-occidentales (serpent, tiare, fleur de lotus…). Dans l’exposition, cette œuvre est mise en regard d’un dessin fait d’après modèle vivant (Des. 2298), du nom de Marie Gay, dans lequel Moreau se concentre sur la pure étude anatomique (lignes continues et fermes pour structurer la silhouette ; estompe légère pour marquer le relief des muscles et le volume du buste ; absence totale d’ornement). Le spectateur découvre ainsi le processus de transformation entre l’observation du réel et l’univers visionnaire de l’artiste. Salomé semble figée dans une sorte d’intemporalité, renforcée par la richesse ornementale de sa parure. L’image devient un langage de signes et de rêves plutôt qu’une représentation du réel, ce qui renforce l’atmosphère énigmatique, propre à l’univers symboliste de Gustave Moreau.
INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS
Quoi ?
Salomé. Henner et Moreau face au mythe
Cette exposition-dossier est organisée par le Musée national Jean-Jacques Henner.
Commissaires : Maeva Abillard, conservatrice en chef du musée national Jean-Jacques Henner, et Charles Villeneuve de Janti, conservateur général, directeur de l’établissement public des musées nationaux Jean-Jacques Henner et Gustave Moreau, assistés de Marie Vancostenoble, assistante de conservation, chargée de la régie des œuvres et de la documentation, musée national Jean-Jacques Henner.
Où ?
Musée national Jean-Jacques Henner
43 Avenue de Villiers
75017 Paris
musee-henner.fr
Quand ?
Du 18 février au 22 juin 2026
Tous les jours, sauf le mardi et certains jours fériés, de 11h00 à 18h00.
Le détail est disponible sur le site internet du musée.
Combien ?
Tarif plein : 8 euros.
Tarif réduit : 6 euros.
Le billet d’entrée donne accès aux collections permanentes du musée, à l’exposition temporaire, ainsi qu’au musée qu’au musée Gustave Moreau dans les trois mois suivant la visite.
Les informations concernant les tarifs réduits et les conditions de gratuité, ainsi que la billetterie en ligne, sont disponibles sur le site internet du musée.
Comment ?
Dans le cadre de l’exposition-dossier, l’équipe du musée propose de nombreuses activités : visites (visites imaginaires, visites contées, promenades), spectacles (théâtre, musique, cinéma) et ateliers (dessin, yoga. Le détail de la programmation culturelle est consultable dans l’agenda du site internet du musée.
