Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance
Musée royal de Mariemont, Morlanwelz (Belgique)
22 novembre 2025 – 10 mai 2026
musee-mariemont.be
🇫🇷

PRÉSENTATION
Marie de Hongrie.
Art & Pouvoir à la Renaissance
[Extrait du dossier de presse]
1539. Alors qu’il a étendu son pouvoir sur une grande partie du continent européen, l’empereur Charles Quint et son clan se trouvent au cœur d’enjeux dynastiques majeurs. La position dominante de la Maison de Habsbourg est fragilisée, des soulèvements grondent. La succession dynastique doit être organisée et l’image impériale renforcée… Dans un contexte sans cesse mouvant, l’empereur peut compter sur le soutien d’une figure féminine centrale, aussi fidèle que dévouée, sa sœur, Marie de Hongrie.
Marie de Hongrie fait de son palais de Binche et de son pavillon de Mariemont le cœur d’une ambitieuse campagne de propagande. Le Hainaut est une véritable plaque tournante de l’art, doublée d’un laboratoire politique. Festivités grandioses, portraits officiels et commandes artistiques participent à affirmer l’image de puissance de la Maison de Habsbourg aux côtés de nouvelles stratégies défensives des territoires. Ainsi, Marie de Hongrie s’entoure d’artistes influents et établit de nouveaux codes visuels de la Renaissance pour concurrencer les cours rivales. Elle utilise l’essor de l’imprimerie à son avantage et offre de splendides représentations de l’« État-spectacle » en organisant banquets, danses, tournois, « pas d’armes » et fausses batailles. Elle fait de ses résidences des lieux de pouvoir et d’ostentation. Impliquée dans la défense des Pays-Bas, elle supervise des chantiers de fortification et, dans le plus grand secret, reçoit notamment l’un des exemplaires de la première carte militaire de la région ! Tour à tour princesse, reine, régente, mécène et collectionneuse avisée, Marie de Hongrie s’impose dans un univers alors généralement réservé aux hommes.
Plus de quarante institutions ont contribué à rassembler un ensemble exceptionnel : tableaux, sculptures, dessins, gravures, manuscrits, orfèvreries et documents d’archives témoignent de la place et du rôle politique, diplomatique et artistique de Marie de Hongrie. Parmi les pièces majeures figurent des portraits attribués à Titien, des éléments de décors sculptés de Jacques Du Brœucq, ou encore deux tableaux aux vues paysagères grandioses signés par Jan Brueghel de Velours et Denijs van Alsloot. L’exposition présente également, pour la première fois au public, la grande tapisserie acquise récemment et restaurée pour la circonstance par le Cercle royal des Amis de Mariemont.
À côté de ces œuvres emblématiques, des installations sonores et visuelles inédites – modèles 3D, images animées et vidéos – reconstituent les musiques, chants et danses, architectures et panoramas de cette époque majeure. Conçues dans le cadre d’un projet européen d’innovation en médiation numérique, intitulé « MARY4ALL », ces reconstitutions sont présentées en avant-première avant une itinérance en Belgique, en Allemagne et en Espagne.

Vue de l’exposition © BE CULTURE

Vue de l’exposition © DMRM
UNE SÉLECTION D’ŒUVRES
présentées par les commissaires de l’exposition
Gilles Docquier, conservateur de la Section d’Histoire régionale et domaniale
au Domaine & Musée royal de Mariemont,
et Krista De Jonge, professeure émérite en histoire de l’architecture à la KU Leuven
Vue du domaine de Mariemont

Jan Brueghel l’Ancien, dit de Velours, Vue du domaine de Mariemont, 1612
Huile sur toile, H. 163,5 ; L. 233,5 cm
Dijon, Musée des Beaux-Arts, inv. CA 102
© Musée des Beaux-Arts de Dijon, photo François Jay
Texte : Gilles Docquier.
Cette grande toile a été commandée par les archiducs Albert et Isabelle à l’un de leurs peintres favoris, Jan Brueghel l’Ancien, dit de Velours (1568-1625), fils du célèbre Pieter Brueghel l’Ancien. En réalité, celui-ci n’en est pas à son coup d’essai, car il va représenter diverses vues de Mariemont à leur demande, mais dans des dimensions beaucoup plus réduites et qui seront ensuite copiées et/ou adaptées par ses suiveurs. Malgré ce format inhabituel dans sa production, Brueghel est parvenu à concilier la majesté du domaine princier dans une vue panoramique à un détail extrêmement fin de chacun des éléments qui le compose, tout en ajoutant par petites touches personnages et animaux qui agrémentent ce paysage. S’appuyant sur la réalité du terrain auquel il fait face, le peintre maîtrise sa composition selon un axe vertical central et, surtout, un découpage horizontal qui, à la fois, renforce l’impression de profondeur et structure l’espace selon ses fonctions. Du fait de sa position et sa situation élevée sur la colline, assurant la jonction entre terre et ciel comme ligne d’horizon, le pavillon constitue le véritable pivot du tableau ; c’est lui qui demeure le point focal pour le spectateur. Ce faisant, Brueghel rend parfaitement sensible le souhait recherché par Marie de Hongrie et Jacques Du Brœucq : concevoir ce corps de logis à l’image du modèle italien de la casa di villa, soit une architecture isolée, élevée sur un socle qui lui permet de dominer le paysage. Lorsqu’il restitue minutieusement les multiples facettes de Mariemont, Brueghel est le témoin d’un état « transitoire » de la vie du domaine. Les archiducs ont déjà accru la superficie du site, tout en restaurant le bâti existant et ajoutant certaines annexes (notamment le quartier des communs, relié au pavillon par une longue galerie). Néanmoins, ces travaux ne s’achèveront qu’une dizaine d’années plus tard, comme on le remarque sur [une] vue réalisée par Denijs Van Alsloot. Malgré ces transformations, on peut affirmer que l’allure générale du domaine telle qu’elle devait se présenter au milieu du XVIe siècle a été respectée. S’étendant sur la pente sud, devant le pavillon, l’implantation du grand jardin d’agrément a été maintenue. C’est aussi le cas de certaines allées arborées (ou drèves), à l’image de celle partant de l’angle de la basse-cour pour se diriger vers Morlanwelz, en dépassant la ferme de la Malaise, située au bord de la Haine qui serpente dans le vallon. De même, l’élément principal, la tour de Mariemont n’a pas encore été agrandie, mais sa couverture a été modifiée. Le toit-terrasse a été remplacé par une toiture à deux combles dès 1567 par Du Brœucq puis, après 1598, par un grand toit en pavillon.
Scène de chasse au faucon

Anonyme, Scène de chasse au faucon,
Audenarde, Enghien ou Bruxelles, seconde moitié du XVIe siècle
Laine et soie, H. 315 ; L. 475 cm
Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, inv. Ac.2023/381
© Musée royal de Mariemont (Don du Cercle royal des Amis de Mariemont ASBL)
Texte : Gilles Docquier.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, Bruxelles, Audenarde et Enghien sont les principaux centres de production de tapisseries dans les Pays-Bas. Ce type de motif – une scène de chasse dans un décor forestier – est alors particulièrement apprécié et se généralise avec la circulation de cartons et d’artistes, d’une ville à l’autre, d’un atelier à l’autre. L’absence de marque sur notre tapisserie rend cependant délicate toute attribution certaine. Cette pièce conserve sa bordure d’origine, alternant divers personnages et allégories identifiés, atlantes et petites « fabriques » ornementales évoquant l’art des jardins, vases et corbeilles débordant de fleurs et de fruits, soit autant d’éléments caractéristiques du langage ornemental très riche de la Renaissance. La scène centrale évoque une partie de chasse au faucon (également appelée chasse au vol). De nombreux détails s’attardent sur la faune et la flore qui peuplent cet environnement. Plusieurs personnages, dont certains vêtus « à l’antique » agrémentent aussi la composition. Au centre, deux cavaliers – un homme et une femme, vêtus avec élégance – s’apprêtent à lancer les faucons qu’ils tiennent au poing. D’autres techniques sont évoquées par les animaux et personnages secondaires. L’arrière-plan accueille un pavillon avec portique et galerie ouverte au premier étage. Il est entouré de jardins constitués de parterres. L’ensemble est cerné d’une première clôture en bois, puis d’un plan d’eau rectangulaire. Le coin inférieur droit laisse entrevoir une pergola ombragée, traitée comme un petit bâtiment de verdure. À gauche du pavillon, plus en avant, on remarque un pont dormant surmonté d’un portique à l’antique orné de deux termes (figures humaines dont la partie inférieure est terminée en gaine) et coiffé par deux personnages couchés entourant un médaillon. Sous certains aspects, ce type d’agencement général s’apparente à ce qui a été effectivement réalisé à Mariemont pour Marie de Hongrie. En outre, on distingue un clocher dans la perspective de la percée de droite. S’agirait-il du clocher de l’abbatiale de L’Olive, autrefois implantée dans une clairière des bois de Morlanwelz, à faible distance du pavillon de Mariemont ? Si, de toute évidence, il ne s’agit pas d’une représentation fidèle d’un paysage existant, on peut toutefois admettre raisonnablement qu’il s’agit d’une « évocation », qui pourrait faire écho aux aménagements architecturaux et paysagers de Mariemont, à l’environnement boisé dans lequel ce domaine de chasse était inscrit et à ses premiers occupants, Marie de Hongrie et son frère Charles Quint.
Portrait de Marie de Hongrie

D’après Titien, Portrait de Marie de Hongrie, après 1548
Huile sur toile, H. 98 ; L. 84 cm
Paris, Musée des Arts décoratifs, inv. PE243
© Paris, Les Arts décoratifs, photo Jean Tholance. Reproduction interdite.
Texte : Laure Fagnart, maître de recherches en histoire de l’art à l’Université de Liège.
En janvier 1548, à presque soixante ans, Titien se rend à Augsbourg, où Charles Quint, encouragé par sa récente victoire à Mühlberg sur les princes protestants allemands, rassemble sa cour et convoque une Diète afin de trouver une issue au contentieux religieux et régler la succession de ses titres et territoires. Plus d’une vingtaine de tableaux sont commandés au peintre vénitien, qui avait fait le voyage avec son fils, Orazio, son neveu, Cesare, et l’un de ses assistants, Lambert Sustris. Marie de Hongrie prend amplement part à ces commandes. Si le célèbre Portrait équestre de Charles Quint est peint à l’initiative de l’empereur, il est significatif de constater qu’il est répertorié en 1558 dans l’inventaire dressé après le décès de la sœur de Charles Quint, parmi les biens qu’elle avait emportés en Espagne en 1556. Son propre portrait de la main de Titien est lui aussi enregistré dans le document : Yten otro rretrato de la cristianysima rreyna Maria de Hungria, con su tocado e vestido que traya hordinario, hecha sobre lienzo por Tiçiano. À destination du palais de Binche, Marie de Hongrie demande encore au maître vénitien de peindre la série des Damnés, tels qu’ils sont décrits dans les Métamorphoses d’Ovide, à savoir Sisyphe et Tityus, conservés au Prado, Tantale et Ixion, aujourd’hui perdus.
L’original du portrait de la gouvernante des Pays-Bas par Titien ne nous est pas parvenu. On en connaît plusieurs répliques, dont celle du Musée des Arts décoratifs de Paris. Comme dans la plupart des portraits qui ont été réalisés d’elle après 1526, Marie de Hongrie est dépeinte en veuve : après la mort de son époux, Louis II de Hongrie, elle ne s’était jamais remariée et avait adopté le costume de veuve. Invariablement ou presque, cet habit se compose d’une robe noire, parfois rehaussée de fourrure (ici d’une cape d’hermine) et, comme le préconisent les usages aux Pays-Bas, d’un attifet blanc qui comprend un long bandeau enroulé autour du cou et dont les pans reposent sur les épaules et une partie du tronc. La composition compte un lourd rideau de velours noir. Longtemps réservé aux scènes sacrées aux fins d’isoler la Vierge et l’Enfant du reste de la scène, le motif apparaît désormais aussi dans les scènes profanes et les portraits. La colonne qui se dresse à l’arrière-plan, sur un socle imposant, peut faire référence à la devise de Charles Quint et, par extension, à son pouvoir universel.
INFORMATIONS PRATIQUES POUR LES VISITEURS
Quoi ?
Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance
Exposition organisée par le Domaine & Musée royal de Mariemont et la KU Leuven, avec le Centre d’études supérieures de la Renaissance de l’université de Tours.
Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté la Reine et cofinancée par le programme Europe créative de l’Union européenne, l’exposition fait partie du programme du festival Europalia España.
Commissariat : Gilles Docquier, conservateur de la Section d’Histoire régionale et domaniale au Domaine & Musée royal de Mariemont, et Krista De Jonge, professeure émérite en histoire de l’architecture à la KU Leuven.
Où ?
Domaine & Musée royal de Mariemont
100 Chaussée de Mariemont
7140 Morlanwelz,
Belgique
musee-mariemont.be
Quand ?
Du 22 novembre 2025 au 10 mai 2026
Du mardi au dimanche de 10h00 à 18h00.
Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture de la billetterie.
Combien ?
Tarif plein : 9 euros.
Les informations concernant les tarifs, les réductions et les gratuités sont disponibles sur le site internet du musée.
Comment ?
L’exposition a donné lieu à un très important programme d’activités culturelles.
Le catalogue de l’exposition a été publié par le musée (40 euros).
